Fabien Cloutier: l'humour a trouvé une nouvelle voix

L'humoriste Fabien Cloutier a présenté un spectacle sans... (François Gervais, Le Nouvelliste)

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L'humoriste Fabien Cloutier a présenté un spectacle sans artifice mais complètement hors norme vendredi soir au Théâtre du Cégep de Trois-Rivières.

François Gervais, Le Nouvelliste

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François Houde
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Enfin, l'humour a trouvé une nouvelle voix. Vraiment nouvelle. Une voix épouvantablement irrévérencieuse qui va plus loin que quiconque, ou à peu près, mais avec une intelligence rare. Cette voix, c'est celle, enrouée par un restant de bronchite lors de la représentation de vendredi soir au Théâtre du Cégep, de Fabien Cloutier.

Cloutier est comédien avant d'être humoriste. Il le reste dans son premier spectacle solo, constamment fidèle à un texte aussi brillant qu'hilarant, preuve qu'il est aussi un auteur de très haut niveau.

L'humoriste est la vivante démonstration qu'il est bête de juger un produit à son emballage. Fabien Cloutier, voyez-vous, est vulgaire, irrévérencieux, grossier. Tout ça pour cacher une intelligence magnifique qui s'exprime dans une écriture ficelée comme un jambon de Pâques. Une écriture qui semble constamment s'égarer dans toutes sortes de délires et de fulgurances absurdes mais qui trouve toujours son sens dans des détours inattendus.

Le texte que Cloutier joue, parce qu'il ne se contente pas de moues pour illustrer ses gags, est un feu d'artifice de pétards déconcertants qui explosent de partout. L'humour est dans l'outrance des images offertes, dans la surprise constante. D'un bout à l'autre de l'heure et quarante minutes de son spectacle, Fabien Cloutier devance le spectateur, parfaitement incapable de le voir venir. Il se lance dans des envolées inimaginables à partir de n'importe quel constat banal du quotidien.

La plupart du temps, ce ne sont que des mots mais quand il propose que la parade du carnaval de Québec s'associe à celle de la fierté gaie, il la danse sous des éclairages clinquants en donnant à sa folie une forme verbale que la décence m'interdit de rapporter ici.

La cible essentielle de Fabien Cloutier, ce sont les gens qu'il juge avec une sévérité rare. L'affiche du spectacle sur laquelle il se présente avec un oeil au beurre noir, c'est à ça qu'elle fait référence. L'humoriste joue constamment sur la ligne qui sépare la décence du trop loin et arrive à ne jamais choquer vraiment. Parce qu'on sent bien que son outrance est une simple figure de style et qu'elle est surpassée par l'intelligence de son texte.

L'humoriste nous sort des conventions du genre et ça fait beaucoup de bien. Il évite de commencer son stand-up par le «Bonsoir ça va bien?» imposé par tous les manuels de cours de stand-up depuis l'Antiquité. Ses premiers mots sont pour avouer qu'il n'a jamais tué d'écureuil à coups de marteau (!?!). C'est un peu plus tard qu'il demande plutôt au public s'il est prêt pour une soirée pas de bullshit, ce à quoi il se montre fidèle jusqu'à la fin.

Fabien Cloutier est une révélation dans le monde bien trop convenu de l'humour. Une percée de lumière aussi outrancière que bienfaisante. Le public d'environ 250 personnes vendredi au Théâtre du Cégep indique que sa percée est encore confidentielle. Elle risque de le rester parce qu'il dérange par son audace et la majorité des spectateurs d'humour qui remplissent les grandes salles ne veulent pas être bousculés. Ni réfléchir. Fabien Cloutier ne peut pas être leur homme. Trop flyé, trop délirant, trop brillant. Mais quel plaisir pour les initiés que trop de conformité ennuie, qui aiment l'ironie mordante, la folie, l'impertinence. Et rire à gorge déployée, bien sûr.

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