Une voix créée pour un cabaret

Emilie-Claire Barlow... (La Presse)

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Emilie-Claire Barlow

La Presse

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François Houde
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) La nouvelle scène que constitue le Cabaret de l'amphithéâtre Cogeco se veut ouverte à un large spectre de genres musicaux.

Les deux premiers spectacles de la programmation en donnent un aperçu assez probant avec la présence d'Emilie-Claire Barlow en ouverture, le 30 mars, puis celle de cette indomptable bête musicale qu'est Steve Hill le lendemain. Un contraste assez marqué.

Reste que c'est au jazz et à la tendre et chaude voix d'une chanteuse torontoise nouvellement installée à Montréal qu'on confie l'ouverture de cette salle qui vient s'ajouter aux sites de diffusion qui existent déjà à Trois-Rivières.

Ce passage parmi nous d'Emilie-Claire Barlow s'inscrit dans la tournée québécoise qui suit la sortie de son tout dernier album, Clear Day, en octobre dernier.

«Clear Day est un album concept qui a une grande valeur symbolique pour moi, raconte la chanteuse dans un français très respectable orné d'un bel accent. Il est directement inspiré par une période de quatre années de ma vie. Ça a commencé en 2011 avec un voyage en Arctique à bord du brise-glace Amundsen, une expérience rare et extraordinaire qui a suscité une grande introspection. C'est là que j'ai pris la décision d'apporter plusieurs grands changements dans ma vie.»

Chacune des chansons correspond précisément à un chapitre de cette période; c'est comme un journal intime.

«J'y parle de la perte, parce que j'ai décidé de mettre fin à mon mariage, du début d'un nouvel amour, de voyages, etc. Les diverses expériences que j'ai vécues pendant cette période ont été si marquantes et profondes qu'encore aujourd'hui, l'interprétation de chaque chanson me fait revivre les émotions qui l'ont inspirée.»

Chanteuse et arrangeuse

Emilie-Claire Barlow est surtout connue comme chanteuse. Mais sa relation à l'art musical est plus vaste parce que des études poussées en musique en ont fait aussi une arrangeuse de haut niveau. Or, jamais ne s'est-elle autant impliquée à ce titre que dans Clear Day, ce qui est une autre raison pour laquelle l'album est marquant dans sa carrière.

«On a réalisé l'album avec le Metropol Orkest aux Pays-Bas, qui est présent sur neuf chansons. Évidemment, on ne peut pas partir en tournée avec un orchestre symphonique alors, en compagnie de Steve Webster, j'ai retravaillé les arrangements pour les adapter à un tout petit ensemble de jazz avec saxophone, guitare, piano et contrebasse. C'était un travail difficile de conserver l'essence des chansons en changeant aussi radicalement l'instrumentation mais c'était particulièrement satisfaisant.»

Malgré une carrière riche, couverte d'honneurs et jalonnée de pas moins de 11 albums, cette fille de parents musiciens, dont une mère chanteuse, soutient qu'elle n'aurait carrément pas su enregistrer un album comme Clear Day non plus qu'en chanter les titres en spectacle il n'y a de cela que quelques années à peine.

«C'est un album qui témoigne de mon évolution en tant que femme à bien des niveaux. Il me fallait une confiance en moi assez forte et profonde pour que j'accepte de prendre les risques qui sont inhérents à la réalisation de cet album et du concept qui le sous-tend.»

«J'y fais des choses que je n'avais jamais osé faire dans le passé tant comme chanteuse que comme arrangeuse. D'abord, c'était la première fois que je travaillais en collaboration systématique avec un autre arrangeur, Steve Webster en l'occurrence. Écrire en fonction d'un orchestre de 70 musiciens, c'était nouveau pour moi et c'est vraiment beaucoup de travail. En plus de Steve, j'ai fait appel à d'autres arrangeurs comme une de mes anciennes enseignantes à l'université, Shelly Berger, de même que John Metcalfe un gars extrêmement talentueux qui a notamment collaboré avec Peter Gabriel.»

«On a travaillé à partir de mon concept d'album et avec mes idées: ça nous a pris six mois. C'est certainement mon plus gros projet musical jusqu'ici en tant que productrice. J'ai repoussé mes limites et j'en suis très fière. Je sens vraiment que j'ai grandi en tant que personne ce qui fait que je chante mieux que jamais.»

Lors du spectacle trifluvien offert avec pour accompagnement le saxophone, la guitare, le piano et la contrebasse, elle puisera beaucoup dans l'album Clear Day mais fera quelques incursions dans ses nombreux autres albums en fonction de son humeur et de celle du public trifluvien.

En 2012, Emilie-Claire Barlow a sorti l'opus Seule... - image 3.0

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En 2012, Emilie-Claire Barlow a sorti l'opus Seule ce soir, un album tout en français.

Histoire d'amour avec le français

Cette anglophone qui a appris le français à travers le simple contact avec des Québécois lors de ses nombreux séjours ici a pourtant choisi d'interpréter plusieurs chansons dans la langue de Molière au cours de sa carrière.

«J'ai commencé à faire des tournées au Québec il y a une dizaine d'années, raconte Emilie-Claire Barlow. Comme je le faisais en anglais, je sentais le besoin d'expliquer l'histoire de mes chansons au public, alors j'ai entrepris d'apprendre la langue. C'est difficile de commencer l'apprentissage d'une nouvelle langue alors qu'on est adulte.»

«Je dois travailler fort pour développer les mouvements des lèvres pour certains sons particuliers qui n'existent pas en anglais, les accents toniques et approfondir le sens des paroles françaises pour bien en exprimer l'émotion.

De toute façon, seulement pour apprendre les paroles françaises par coeur, c'est nécessaire pour moi de bien en comprendre le sens. Malgré la difficulté, j'adore chanter en français. C'est une langue tellement romantique et j'aime beaucoup la poésie française. J'aime aussi la sonorité de la langue.»

Cette affection se traduit par l'interprétation de plusieurs chansons françaises bien connues dans son répertoire et pas seulement en vue de charmer son public de langue française. On retrouve de nombreuses incursions dans la langue de Molière à travers ses différents albums, incluant Seule ce soir, un album tout en français sorti en 2012.

On y retrouve des titres français aussi variés que C'est si bon, Les yeux ouverts ou Jardin d'hiver mais aussi des oeuvres du répertoire populaire québécois comme Croissants de soleil de Ginette Reno, T'es pas un autre de Claude Gauthier ou même La plus belle pour aller danser qu'on peut attribuer aussi bien à Michèle Richard qui l'a popularisée ici qu'à Charles Aznavour, son compositeur.

Et comme pour bâillonner ceux qui pourraient douter de l'étendue de son répertoire, elle se permet même un Quand le soleil dit bonjour aux montagnes qui fait oublier que Steven Harper l'a également chantée en public.

Habituée au public anglo-saxon nord-américain, la chanteuse apprécie particulièrement les spectateurs québécois. À l'instar de beaucoup d'autres artistes, européens comme américains, elle remarque l'ouverture de ceux-ci. «Les gens aiment découvrir de la nouveauté. Ils sont ouverts et sont non seulement intéressés à écouter des choses inconnues mais ils sont surtout ouverts à les aimer.

La sensibilité du public est différente de ce qu'on constate ailleurs et je savoure particulièrement les rencontres plus intimistes que je peux avoir avec le public du Québec dans des salles comme celle où je chanterai à Trois-Rivières. C'est une des raisons pour lesquelles j'ai déménagé à Montréal à l'automne dernier. Je me sens chez moi au Québec.»

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