L'amitié peut faire pousser des plantes

Louis Bélanger a effectué un travail minutieux avec... (Philippe Bosse)

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Louis Bélanger a effectué un travail minutieux avec les décors. Il ne s'agissait pas seulement de reproduire une plantation de cannabis mais de lui donner des caractéristiques venant appuyer des aspects intéressants du caractère de ses personnages.

Philippe Bosse

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François Houde
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Dans un coin éloigné de l'Abitibi, d'autant plus isolé qu'on est en plein coeur de l'hiver, Louis Bélanger et son coscénariste Alexis Martin ont réuni deux gars, un comédien et un agriculteur, qui n'ont rien en commun.

C'est du choc de cette rencontre que part la trame des Mauvaises herbes, le dernier long métrage du cinéaste à qui on doit notamment Post mortem et Gaz bar blues.

On a l'impression qu'après ces coups de maître mais surtout depuis Route 132, sorti en 2009, Bélanger a disparu, comme s'il n'avait rien fait.

Or, il a continué à tourner et des oeuvres particulièrement intéressantes comme un documentaire sur le journaliste Louis Martin, Louis Martin et le nouveau journalisme, d'une grande pertinence dans le contexte actuel, de même que la seconde saison de la brillante télésérie En thérapie.

«Je suis particulièrement content de ces réalisations, admettait le réalisateur en entrevue au Nouvelliste, parce que pour moi, le documentaire ou la télévision, c'est comme retourner sur les bancs d'école.

J'y reprends les bases de mon métier qui est de raconter des histoires par l'image et le son. C'est essentiel dans ma démarche. Je me sens vivant à faire des projets comme ça. Dans notre métier comme dans n'importe quel autre, il faut s'exercer.»

Même le documentaire sur Louis Martin, qui a davantage stimulé l'intellect que le coeur du cinéaste, l'a servi dans Les mauvaises herbes, nouvelle exploration de la sensibilité humaine, un aspect caractéristique de son oeuvre cinématographique.

«Je crois qu'un cinéaste doit posséder des antennes particulières pour capter l'émotion. On a dit de moi que j'étais un cinéaste humaniste et au début, j'avoue que j'étais mal à l'aise avec cet épithète. En vieillissant, j'en suis arrivé à le trouver flatteur.»

Dans son dernier film, il est difficile de ne pas noter la tendresse qui anime le regard qu'il porte sur ses personnages.

Entre le comédien montréalais et le mariculteur abitibien, peu ou pas de pont. Une des seules choses qu'ils aient en commun, c'est d'être revêches et démunis.

«Ce sont deux gars que tout éloigne mais qui arrivent à bâtir quelque chose par l'amitié et la solidarité. Quand j'ai entrepris l'écriture, je savais que je voulais faire un film d'hiver en région éloignée et que j'aurais deux gars qui allaient s'apprivoiser. Pour le reste, j'ai laissé l'écriture me mener où elle le voulait.»

Le processus d'écriture a fait surgir un nouveau personnage en la personne d'une jeune femme, Francesca, qui va se joindre à leur entreprise de culture de cannabis.

«Elle amène la notion du conflit générationnel qui devient un autre levier de l'intrigue», explique le scénariste.

Dans Les mauvaises herbes, le temps s'écoule au rythme de la croissance de la marijuana.

«Les plants deviennent une métaphore sur l'amitié dont il faut prendre soin pour qu'elle fleurisse, commente le cinéaste. La réussite de la récolte devient un enjeu central du scénario qui réunit des mondes qui, sans ça, n'auraient été qu'en conflit.

De la même façon que j'oppose constamment la chaleur de la grange où pousse le cannabis et le froid à l'extérieur. Les spectateurs ne le verront pas mais on a peaufiné les détails des décors pour que chaque élément devienne significatif. J'ai le luxe de pouvoir mettre beaucoup de temps à écrire mes films et ça me donne une vision assez précise de ce que je veux.»

Pendant presque trois ans, l'écriture des Mauvaises herbes s'est faite à quatre mains, celles de Bélanger et d'Alexis Martin, vieux complice.

«On ne peut même pas dire qui a écrit telle ou telle scène tellement la collaboration a été étroite. Alexis a réécrit mes textes comme moi les siens. Alexis est quelqu'un de très intelligent, de sensible et avec qui j'ai beaucoup de plaisir à travailler. J'aime rigoler pendant le processus d'écriture. On travaille fort et c'est important de laisser la pression sortir.»

C'est toute son approche des histoires qui s'exprime dans ce détail. Bélanger aime traiter de sujets sérieux avec une constante pointe d'ironie qui désamorce la gravité. Les mauvaises herbes n'y échappe pas.

«Quelque part, quoi qu'on en dise, notre mission première dans la vie, c'est de se lever chaque jour et d'essayer d'être heureux. Et c'est un travail qui est parfois colossal!

Mes films en témoignent et je pense que c'est ce qui leur donne un aspect universel. Je suis resté marqué d'une projection de Gaz bar Blues à Hong Kong où le film avait été très bien accueilli et plusieurs personnes m'avaient dit s'être reconnus dans mon film. C'est là que j'ai compris que je pouvais dire des choses qui s'adressaient vraiment à tout le monde.»

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