La Chasse-galerie: le XIXe siècle comme si on y était

Le réalisateur Jean-Philippe Duval a porté à l'écran... (Le Droit)

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Le réalisateur Jean-Philippe Duval a porté à l'écran la première version de la légende de la chasse-galerie en teintant le film de son approche et de sa vision du cinéma.

Le Droit

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François Houde
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Il est légitime de se demander pourquoi c'est en 2016 qu'un réalisateur s'est enfin décidé à raconter au cinéma la légende de la chasse-galerie écrite en 1891 par Honoré Beaugrand. Jean-Philippe Duval ne manque pas d'excellentes raisons.

«J'estime que ce sera toujours pertinent de raconter notre histoire et ce sera toujours pertinent de faire du cinéma qui s'interroge sur qui on est. Quand j'ai fait Dédé à travers les brumes je posais précisément les mêmes questions à savoir d'où on vient même si dans ce dernier cas, c'est dans les années 1980 alors que dans Chasse-galerie: la légende c'est vers 1880.» 

«Moi, explique-t-il, je viens de la forêt. J'ai un arrière-grand-père, un grand-père et des oncles qui ont travaillé comme ingénieurs forestiers ou comme bûcherons. J'ai moi-même travaillé en Abitibi quand j'étais jeune. La forêt, ça fait partie de moi, ça vient me chercher intimement et ça fait partie de nos racines.»

On comprend ainsi mieux l'approche très réaliste qu'il a privilégiée dans la reconstitution minutieuse de la vie dans les chantiers d'hiver en pleine forêt. 

«C'était l'fun de reconstituer une légende mettant en scène le Diable et je n'oublie jamais que le cinéma est un divertissement. Mais j'ai aussi fait le film avec un vrai souci historique. Peut-être parce que j'ai réalisé des documentaires au cours de ma carrière, j'ai fait des recherches sérieuses. 

Les gens savent ce qu'étaient les chantiers à travers des photos et des films d'archives mais il s'agissait des années 20, 30 ou 40. On ne connaît pas grand-chose de la vie quotidienne dans les débuts de cette activité au XIXe siècle.»

«Or, la chasse-galerie se situe à cette époque charnière et historiquement importante entre la fin des coureurs des bois et le début des chantiers. J'ai la prétention d'avoir établi une démarche historique assez rigoureuse pour présenter quelque chose que notre cinéma n'avait pas encore exploré jusqu'ici.»

Les spectateurs seront frappés par la similitude entre sa mise en scène, sa direction artistique et celle qu'on voit dans la télésérie Les pays d'en haut. Simple coïncidence? 

«Oui, répond-il avec un sourire, et je trouve ça vraiment incroyable. J'ai commencé à travailler sur mon film il y a cinq ou six ans et Gilles Desjardins, le scénariste des Pays d'en haut commençait à travailler sur sa série en même temps. Peux-tu croire qu'il est un de mes grands chums et qu'on ne s'est jamais parlé de la teneur de ces deux projets.»

Il faut pourtant que cette approche soit dans l'air du temps, qu'elle sommeille dans notre inconscient collectif pour qu'on la privilégie de façon aussi similaire dans deux projets réalisés simultanément. «On a aujourd'hui les moyens techniques pour reconstituer l'histoire sans que ça coûte des fortunes, explique le cinéaste. On a folklorisé notre histoire de façon parfois un peu trop romantique mais je pense qu'on a oublié d'où on venait vraiment. 

Peut-être qu'on avait honte de montrer le côté sale, dur, sombre de notre histoire et qu'on a magnifié nos ancêtres en les remodelant en fonction de nos valeurs morales. Aujourd'hui, on est capable de jeter un regard moins vertueux sur l'histoire ce qui n'empêche pas de voir nos ancêtres comme les géants qu'ils ont été, bel et bien.»

Certes, l'aspect quasiment documentaire ressort: le réalisme brut de plusieurs scènes est extrêmement efficace à nous faire ressentir le froid mordant de l'hiver dans le camp, mais ça ne fait pas oublier que Chasse-galerie: la légende est aussi, et peut-être surtout, un divertissement. 

«On a brodé beaucoup, Guillaume Vigneault (le coscénariste) et moi, autour de la légende à proprement parler. On a ajouté l'histoire d'amour entre Jos Lebel et Liza Gilbert, la trahison de McDuff, un ouvrier irlandais du chantier, etc. On voulait que ce soit un morceau d'histoire mais aussi un suspense.»

Le réalisateur refuse de parler de son film comme d'un film fantastique. «On ne l'a pas conçu comme un film fantastique. La qualité des effets spéciaux disponibles aujourd'hui fait qu'on a pu insérer des séquences improbables à l'intérieur du film sans en faire un film fantastique. Il y a simplement un canot d'écorce qui vole et ça apparaît quasiment plausible!»

On peut s'étonner que jamais la chasse-galerie n'ait fait l'objet d'une adaptation au cinéma, tant cette légende est connue. Le projet de Jean-Philippe Duval est pourtant le 27e qui a été présenté à la SODEC pour un financement depuis les années 70. Pourquoi son projet plutôt qu'un autre? 

«À cause de la maturité de notre cinéma: on a aujourd'hui une expertise technique qui nous permet de nous attaquer à des sujets ambitieux. 

En plus, notre scénario présente des personnages dont plusieurs sont résolument modernes. Je pense notamment à Liza Gilbert, un beau personnage de femme forte et indépendante qui a une belle résonance aujourd'hui. Si on s'était contenté de ne raconter que la légende, on n'aurait pas eu assez de matériel pour faire un long métrage.»

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