Un spécialiste réclame une enquête

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Le cinéaste Claude Jutra sur le plateau de tournage du film Mon oncle Antoine (1970).

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(Québec) Michel Dorais, professeur titulaire de l'École de service social de l'Université Laval, juge «très, très crédible» le témoignage de la victime alléguée de Claude Jutra. Il réclame une enquête pour faire la lumière sur les agissements du défunt cinéaste et déterminer s'il y avait des complices.

Avant même que Jean (prénom fictif) ne raconte la triste histoire de son enfance brisée, M. Dorais pressentait déjà que de présumées victimes pourraient sortir de l'ombre, encouragées par les révélations sur les comportements sexuels de Claude Jutra contenues dans la biographie rédigée par Yves Lever.

Le sociologue de la sexualité n'était donc pas surpris du témoignage livré à La Presse, mais néanmoins choqué par le tout jeune âge de la victime alléguée.

Le modus operandi de l'agresseur, décrit avec moult détails, correspond en plusieurs points à ce que M. Dorais a trop souvent entendu pendant sa carrière d'intervenant et d'universitaire. D'abord, gagner la confiance de l'enfant et de ses parents, puis abuser de cette relation et de la confusion des sentiments. «Pour les garçons comme pour les filles, c'est la plupart du temps quelqu'un qui est proche.»

Les effets sur le garçon, puis l'adulte qu'il est devenu, sont tout aussi prévisibles. «C'est un profil typique. J'ai tendance à lui accorder beaucoup de crédibilité», dit le spécialiste, imaginant la honte et la culpabilité vécues pendant toutes ces années.

Selon M. Dorais, il faut maintenant lancer une enquête pour «dissiper les doutes» sur les événements du passé. D'autant que selon le biographe Lever, il y aurait d'autres témoins, «des gens qui savent des choses».

«Il faut que des spécialistes fassent enquête, qu'on sache le fond de l'histoire. On ne peut pas dire : il est mort, on oublie ça, on enterre ça, on va changer deux ou trois noms de rues. Moi, je pense que pour le respect des victimes, on doit ça. Pour éviter de faire un procès sur la place publique aussi», explique l'universitaire, intéressé de savoir si des complices courent toujours.

Bien qu'il respecte le travail des journalistes, M. Dorais croit que c'est maintenant à la police de recueillir le témoignage des victimes, lesquelles doivent aussi chercher du support psychologique. «Où c'est rendu, on ne peut pas refermer le couvercle sur la boîte», insiste-t-il.

Au service de police de la Ville de Québec, on nous indique qu'il est possible d'ouvrir un dossier même si le présumé agresseur est décédé. La déclaration du plaignant sera consignée, les informations évaluées. Toutefois, le dossier ne pourra mener à des accusations, car le suspect n'est plus là pour témoigner et se défendre.

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