TGP: on dissèque un géant

Servie par une solide mise en scène et... (François Gervais, Le Nouvelliste)

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Servie par une solide mise en scène et de brillants interprètes, la pièce À l'ombre d'Hemingway présentée par le Théâtre des Gens de la Place offre un beau moment de théâtre.

François Gervais, Le Nouvelliste

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François Houde
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) On retient évidemment l'interprétation inspirée de François Gagné dans la peau d'Ernest Hemingway en sortant de la représentation qu'offre le Théâtre des gens de la place de À l'ombre d'Hemingway, mais on devrait retenir tout autant la mise en scène très maîtrisée de Luc Martel qui démontre une belle maturité en se mettant totalement au service de l'oeuvre.

À l'ombre d'Hemingway relate un épisode vécu de la vie de l'écrivain quand, démoli par les critiques de son roman Au delà du fleuve et sous les arbres, il tente de retrouver l'inspiration en recevant dans sa maison de La Havane une toute jeune comtesse vénitienne dont il est amoureux ainsi que la mère de celle-ci.

L'écrivain est à la dérive comme son mariage avec sa quatrième épouse et en quelques chapitres, on voit les époux s'entre-déchirer pendant que Hemingway s'accroche comme à une bouée, à la passion que sa jeune invitée arrive à déclencher en lui.

C'est une pièce sur le vieillissement, le lent et sinistre ouvrage du temps. L'homme que Stéphane Brulotte présente ici est en chute libre, incapable de se reprendre en main. Dans sa descente, il s'accroche aux gens autour de lui mais moins pour éviter de sombrer que pour les emporter avec lui dans sa dégringolade.

La pièce pourrait n'être que noirceur mais ne l'est pas. Elle est émaillée de traits d'esprit et d'un humour très efficace qui ne se contente pas d'alléger le propos mais lui donne du rythme. La pièce est divisée en courts épisodes portant chacun un titre qui découpent le récit comme autant de coups que la vie assène à Hemingway.

L'écriture de Brulotte est simple, sans ostentation, vouée à son sujet. La mise en scène de Luc Martel va précisément dans le même sens. On ne sent jamais une envie, pourtant compréhensible chez un metteur en scène à sa première expérience, de faire une démonstration de ce dont il est capable. Il fait preuve d'une sobriété qui laisse toute la place au texte et à ses interprètes qui le récompensent plus qu'adéquatement.

Ça n'empêche pas certains beaux moments comme cette conversation intérieure de l'écrivain avec la bête, un lion, qui habite ses rêves comme le symbole de la force qu'il a eu ou prétendu avoir mais qui lui échappe désormais. La scène des adieux à Adriana mérite aussi d'être soulignée pour la maîtrise dont Luc Martel fait montre en évitant l'esbroufe.

La plus grande réussite de son travail réside peut-être dans le choix et la direction de ses interprètes, assez remarquables. Le choix de François Gagné pour incarner Hemingway peut sembler évident pour la ressemblance physique mais Gagné s'impose indubitablement par ses nuances et sa sensibilité. Il crée un Hemingway fragile, désabusé cachant mal derrière son acrimonie une sensibilité à fleur de peau. Gagné est très bon et ce n'est pas une surprise.

Marie-Andrée Leduc, dans le rôle de sa femme Mary, ne surprend pas non plus. Elle est impeccable, encore. Cela dit, elle brille particulièrement dans un numéro d'anthologie où l'alcool aidant, elle déverse son fiel et donne libre cours à son désabusement. C'est aussi drôle que terrible.

La surprise de la distribution, c'est sans doute Andréanne Cossette qui donne beaucoup de charme à son Adriana. Un charme tout en pureté, en ferveur et en ouverture au bonheur. Elle est ce que Hemingway n'est plus ou ne sera jamais. C'est peut-être ce deuil jamais fait qui le fait sombrer.

À l'ombre d'Hemingway ne dicte ni morale, ni réponse. Elle offre une réflexion peut-être un peu floue, c'est vrai, mais bigrement intéressante sur l'amertume qui peut écraser même un géant. Brillamment interprétée, judicieusement mise en scène, elle offre un excellent moment de théâtre.

La pièce est reprise samedi mais également dimanche après-midi pour une représentation rendue toute spéciale par la présence de l'auteur Stéphane Brulotte et de John Hemingway, petit-fils d'Ernest Hemingway. L'auteur prononcera, au terme de la pièce, une conférence sur le grand écrivain que des recherches exhaustives ont rendu très familier avec la vie et l'oeuvre du Prix Nobel de littérature. La semaine prochaine, la pièce sera reprise jeudi, vendredi et samedi soir.

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