Djemila Benhabib lance son essai Après Charlie

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Djemila Benhabib était au coeur de l'événement organisé le 16 janvier 2015 à Trois-Rivières à la suite des événements tragiques qui ont frappé la rédaction de Charlie Hebdo le 7 janvier précédent.

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François Houde
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Un an, jour pour jour, après la tragédie du Charlie Hebdo, Djemila Benhabib lançait jeudi à Paris un nouvel essai intitulé Après Charlie dans lequel elle ajoute son point de vue à la réflexion sur la violence que l'islamisme radical sème sur sa route.

L'écrivaine estime être en mesure d'apporter un point de vue singulier sur la question de par ses origines et son cheminement. «J'ai grandi en Algérie où j'ai connu la montée de l'intégrisme musulman et j'ai habité en France avant de m'installer au Québec. Je me réclame de ces trois cultures, ce qui me donne une posture singulière et me permet d'analyser les choses différemment de beaucoup d'autres observateurs.»

Malgré les émotions qui l'habitent toujours, elle estime conserver suffisamment d'objectivité pour regarder le monde avec la lucidité que les temps troubles que connaît l'Occident exigent. «J'ai le regard d'une personne qui a connu la montée de l'islam politique et je sais que cette violence que Paris a connue au cours de la dernière année n'est pas nouvelle. En Algérie, entre 1993 et 1997, 123 personnes issues du monde de la presse ont été assassinées ce qui faisait de ce pays un des plus dangereux du monde pour les journalistes.»

On est donc tenté de croire que la menace a, depuis, migré vers le nord. «Je dirais que la menace n'a pas seulement migré, répond la journaliste, elle a aussi changé de visage. Lorsque ma famille habitait l'Algérie, ceux qui nous menaçaient étaient membres du Front Islamique du Salut. Ils prennent aujourd'hui d'autres noms comme Daesh, Al Qaida ou d'autres organisations paramilitaires qui entachent l'Afrique, l'Asie, l'Europe mais aussi l'Amérique du Nord puisque tous les islamistes radicaux se réclament de la même idéologie peu importe le groupe dont ils se réclament.»

Si ce constat est effrayant, et Djemila Benhabib en convient, elle estime qu'il est essentiel que nous continuions à être heureux, tout simplement. «Il ne faut surtout pas s'arrêter de vivre nos vies, d'être heureux, libres et de réfléchir parce que c'est précisément ce que veulent les islamistes radicaux: nous faire peur et limiter notre être à des fonctions primaires et primitives. Ce sont des mobilisations comme celles du 11 janvier 2015 en France où on a vu de centaines de milliers de personnes descendre dans la rue pour se réclamer de Charlie et de la liberté qui constituent les meilleures réponses à leurs actes barbares. La mobilisation est très forte en France: les Français comprennent très bien la gravité de la situation dans laquelle nous nous trouvons aujourd'hui. Les Québécois sont aussi très dignes et ont fait preuve d'une magnifique solidarité envers les Français dans les épreuves qu'ils ont vécues.»

La seule prise de conscience, pour essentielle qu'elle soit, ne suffit évidemment pas aux yeux de cette militante des droits humains et de la liberté. «Il ne peut y avoir de changements qu'à travers nos décideurs politiques. Ce sont eux qui transforment nos aspirations citoyennes en quelque chose de plus concret et c'est vrai que ce lien-là est plus difficile à faire. La France s'attaque au terrorisme parce qu'il en va de sa sécurité mais ce qui me préoccupe personnellement, ce n'est pas que le terrorisme, mais l'idéologie même de l'islam politique.»

«Il faut s'attaquer à ces idées qui nourrissent les actes violents: l'assassinat des mécréants, la diabolisation des femmes, la détestation de la mixité, le rejet de la culture et de la connaissance, etc. Les prêches haineux, en somme. C'est donc une réflexion en profondeur à laquelle nous sommes tous aujourd'hui conviés. Il faut réinventer les démocraties dans lesquelles nous vivons parce que ce sont des ventres mous auxquels se nourrissent l'Islam politique. Ils utilisent la liberté d'expression et les libertés individuelles pour les retourner contre nous.»

Djemila Benhabib demeure cependant parfaitement consciente des risques de dérives que cela implique. «C'est pour ça qu'il faut rester vigilant. C'est pour cela qu'on doit respecter les contre-pouvoirs qu'on retrouve en démocratie comme les médias. Il faut que toute la société civile se mette en posture de surveillance de l'état. La démocratie, c'est fait pour des gens exigeants qui veulent exercer leurs responsabilités.»

Après le blitz médiatique que vit l'écrivaine à Paris, elle reviendra au Québec dans les prochaines semaines mais pour mieux retourner en France en février, puis en mars encore, toujours prête à faire avancer, fut-ce lentement, la lutte contre l'islamisme radical.

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