Pour le jeu des comédiens avant tout

Ci-dessus, les comédiens Martin Francoeur et Patrick Lacombe... (François Gervais)

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Ci-dessus, les comédiens Martin Francoeur et Patrick Lacombe dans Le Bourgeois Gentilhomme, qui est présentée à la Maison de la culture par le Théâtre des Gens de la place, sous une mise en scène de Stéphane Bélanger.

François Gervais

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Linda Corbo
Linda Corbo
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Le rendez-vous est d'abord et avant tout une occasion d'apprécier un travail de comédiens. Le Bourgeois gentilhomme, présentée ces jours-ci à la salle Anaïs-Allard-Rousseau de la Maison de la culture par le Théâtre des Gens de la place, offre la possibilité de voir un concentré des habiletés de plusieurs doyens de cette troupe, tous réunis autour de cette comédie.

En présentant sa pièce la semaine dernière, le metteur en scène Stéphane Bélanger avait prévenu qu'il céderait toute la place à ses collègues comédiens et c'est précisément ce qu'il a fait. Dans cette production, il limite au minimum les effets de mise en scène, réduit sa scénographie à deux rideaux noirs, deux cadres en bois et un fond de scène illuminé qui fait ressortir les comédiens à l'avant-plan, le tout avec focus sur l'aspect cocasse de certains costumes bigarrés servant une touche légèrement déjantée qui se prend bien. Outre le jeu des comédiens, costumes, maquillages et coiffures sont en fait les principaux éléments qui appuient la petite brise de folie que l'on a voulu insuffler à cette production.

Pour ceux qui ne connaissent pas la trame du Bourgeois gentilhomme, notons que l'on y suit le quotidien de Monsieur Jourdain (Martin Francoeur) qui, insatisfait de sa condition, se met en tête d'apprendre tous les rudiments qui peuvent lui permettre d'atteindre le rang de ce qu'il appelle «les gens de qualité». Ridicule aux yeux des autres dans ses élans pathétiques, il s'obstinera néanmoins et s'entourera de quelques maîtres, que ce soit en philosophie (Patrick Lacombe), en danse (Gabriel Godbout), en apparats vestimentaires (François Laneuville), en musique (Louis-Étienne Villeneuve) ou dans le domaine des armes (Martin Bergeron).

On aura compris qu'avec ce classique de Molière, on joue dans la gamme première du divertissement. Voilà qui n'exclut en rien les défis, l'un d'eux particulièrement relevé ici en matière de diction, un exercice exigeant rendu de manière impressionnante par la distribution.

Il faut dire que cette dernière est belle à voir, à commencer par le personnage principal incarné par un Martin Francoeur qui n'a aucun mal à attirer tous les regards sur lui, autant avec la salve de mots de ses répliques qu'avec l'ensemble sophistiqué de son langage non verbal. Le comédien possède cette aisance à provoquer un effet comique en une fluctuation de voix ou en un plissement de yeux, un art qu'il sait doser et qu'il raffine depuis des années. À cet effet, on ne peut regarder la présente production sans se rappeler sa performance dans Le malade imaginaire, une pièce dans laquelle son personnage portait toutefois une part d'humanité attachante que M. Jourdain possède moins.

En ouverture de rideau du Bourgeois gentilhomme, le va-et-vient des différents personnages est intéressant à observer avant que l'on plonge dans les frasque de Jourdain, un début de pièce qui accuse toutefois une petite longueur. Le rythme sera cependant secoué allégrement lors de l'arrivée en scène du comédien Martin Bergeron, qui frappe fort avec son énergie, sa perruque blonde, ses bottes de cuir à talons et ses pantalons de lycra ajourés.

François Laneuville, dans le rôle du maître-tailleur avec bas collants blancs, trop de «r» dans la bouche et son véritable chien à la main, ne donne sa place non plus, tout comme un trio de femmes qui s'illustrent joliment: Chantal Rivard en Mme Jourdain, Alexandrine Piché-Cyr en servante et Sarah Juneau en fille de M. Jourdain. Les danseuses de Corpus Rhésus apporteront pour leur part à petites doses la touche qui se doit pour honorer le profil ballet-comédie de ce classique.

Dans sa volonté de laisser toute la place aux comédiens, le metteur en scène a offert à ses collègues un beau terrain de jeu, avantage qui peut toutefois aussi avoir son revers puisque du même coup, la soirée repose entièrement sur leurs épaules, avec le risque que la pièce devienne une suite de numéros comiques au détriment de la chimie d'ensemble. Jeudi soir au sortir de la salle, autant on ne pouvait que saluer leur talent, autant pouvait persister une vague impression que cette production n'était pas à son maximum. Comme si lors de cette première, il manquait un ingrédient, un liant. Or, si la folie s'empare de cette troupe et que le plaisir s'installe véritablement entre eux, le délire peut se faire doublement puissant. À vérifier au cours des prochaines représentations.

Pour ceux qui voudront en témoigner, la pièce sera présentée de nouveau samedi, 20 h, dimanche à 14 h, de même que jeudi, vendredi et samedi soirs prochains.

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