Draveurs jusqu'à la fin de leurs jours

Le souvenir de la drave est au centre... (Stéphane Lessard)

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Le souvenir de la drave est au centre du court métrage que Boréalis diffusera désormais en complément de son exposition permanente dans son nouvel Espace mémoire. Sur la photo, on retrouve, de gauche à droite, les anciens draveurs Gilles Corbin et Arnold Fay en compagnie de la directrice de Boréalis Valérie Bourgeois.

Stéphane Lessard

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François Houde
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Boréalis fête ses cinq ans cette année et sa programmation, jusqu'en septembre 2016, en portera les traces. Déjà, en inaugurant l'Espace mémoire jeudi, on a enrichi la programmation de façon substantielle.

Il importe de dire que ce n'est pas qu'un espace à l'intérieur du musée dont on parle mais d'une salle qui sera désormais consacrée à la projection de courts métrages réalisés par Boréalis sur divers aspects de l'histoire de l'industrie papetière à travers les 250 heures d'entrevues avec d'anciens travailleurs.

Ce premier film est intitulé Mémoires de draveurs et est constitué de témoignages particulièrement émouvants d'anciens draveurs qui parlent de ce métier dangereux et exaltant disparu de notre paysage régional avec l'arrêt du flottage du bois sur la rivière Saint-Maurice. La projection vient bonifier l'exposition permanente de Boréalis. D'autres films seront réalisés dans le futur à raison d'un nouveau à chaque année.

Dans sa volonté maintes fois exprimée de favoriser la transmission orale de l'histoire de l'industrie papetière, Boréalis organisera deux journées mémoires au cours desquelles les visiteurs auront la chance d'assister à une causerie en compagnie d'anciens travailleurs qui raconteront leur travail et des anecdotes liées à leur emploi.

Les gens pourront également discuter avec ces porteurs de mémoire et faire la visite en leur compagnie. La première de ces journées est prévue pour le mois d'avril et l'autre sera programmée plus tard dans l'année.

On publiera aussi au cours de l'hiver un livre intitulé Mémoires d'hommes, mémoires d'usine. Ce livre contiendra des textes sur l'histoire de l'industrie et des humains qui l'ont façonnée de même que bon nombre de photographies inédites tirées de la collection du musée. Dans le même ordre d'idées, une exposition temporaire intitulée Mémoires d'ouvriers sera présentée l'été prochain et présentera de nombreuses photos reliées à la CIP qui y sera racontée par ceux qui y ont oeuvré. 

Si Mémoires d'un draveur projeté hier devant la presse régionale et quelques invités est représentatif des autres qui suivront, les visiteurs auront droit à de belles émotions. Gilles Corbin, un ancien draveur âgé aujourd'hui de 69 ans et un des intervenants du film, ne cachait pas son émotion et sa satisfaction de constater qu'on parle encore des draveurs aujourd'hui. 

«Quand on a arrêté le flottage du bois, ce qui me choquait, c'est que personne ne parlait des hommes qui ont gagné leur vie comme draveurs et qui ont perdu leur emploi. Je suis heureux qu'on ne tombe pas dans l'oubli. Les draveurs qui restent, on est heureux de revenir à la surface pour que nos enfants et petits-enfants connaissent notre métier. J'ai été tellement touché quand j'ai vu le film: c'est l'histoire de ma vie mais aussi celle de mon père, de mon grand-père et de plusieurs cousins.»

«C'était un métier dangereux, mais on adorait ça. Je n'ai jamais eu connaissance de noyades mais il y a eu beaucoup d'accidents. La plupart des draveurs, quand ils sont arrivés à la retraite, ils avaient mal partout parce que c'était un métier dur. Aujourd'hui, on ne pourrait plus pratiquer un métier aussi dangereux avec les normes imposées mais quand je regarde toutes les folies que les jeunes font en ski ou en vélo et je me dis qu'ils sont bien plus téméraires

que nous on l'était! Encore maintenant, il m'arrive de faire des cauchemars reliés à la drave. C'est comme ça avec un métier dangereux. La drave va être en moi jusqu'à la fin de mes jours.»

«Évidemment, les films s'adressent à tous mais j'ai l'impression que c'est davantage aux Trifluviens, dit Valérie Bourgeois, directrice de Boréalis. Ça donne une raison de plus de venir nous voir, et même s'ils sont déjà venus. Après cinq ans, on trouvait que c'était important d'ancrer solidement notre patrimoine immatériel. Dédier un lieu au patrimoine de mémoire, c'est comme une prise de position quant à notre volonté de mettre en valeur les témoignages qui sont dans nos archives.»

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