Comédienne d'abord, créatrice toujours

Marie Brassard... (La Presse)

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Marie Brassard

La Presse

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François Houde
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) La carrière de la comédienne Marie Brassard s'est longtemps concentrée dans la ville de Québec au moment de quitter sa Trois-Rivières natale mais aujourd'hui, tout en étant basée à Montréal, elle se déploie comme les pages d'un atlas: la France, la Belgique, l'Allemagne, l'Angleterre, l'Espagne, le Portugal, l'Australie, la Norvège, la Suède, l'Italie, le Mexique, les États-Unis...

Quitter sa ville d'origine pour se réaliser à la grandeur de la planète ne veut pas dire la renier ou oublier ses origines. Marie Brassard a beau être connue et admirée en vertu d'une carrière à plusieurs volets, elle garde un souvenir pétri de reconnaissance de ses premiers pas de comédienne dans notre théâtre régional. Ainsi que de certains des individus qu'elle y a côtoyés et qui ont laissé leur trace sur sa carrière comme sur sa vie.

Elle mentionne évidemment volontiers Robert Lepage qui l'a beaucoup influencée à travers une quinzaine d'années de travail en commun à Québec avant qu'elle ne se consacre, corps et âme, à ses propres projets dans sa compagnie de production Infrarouge. Mais elle mentionne tout aussi bien Gilles Devault côtoyé au Théâtre de Face que Pierre Corbeil qui lui a enseigné le théâtre à l'école Chavigny. «Je suis très reconnaissante à tous ces gens qui m'ont aidée à réaliser mes rêves et à ceux qui m'ont influencée dont plusieurs qui sont encore à Trois-Rivières. J'ai eu beaucoup de chance.»

Ces rêves réalisés, c'est cette exceptionnelle carrière qui est la sienne. Une carrière unique, construite sur le talent, évidemment, mais sur la singularité de celui-ci et sur le respect qu'il a suscité auprès de sommités dans plusieurs pays.

S'il lui faut spécifier son identité, elle se dit actrice, d'abord et avant tout. Son parcours en témoigne. Elle a beaucoup joué et encore volontiers comme elle l'a fait dans Le coeur de Madame Sabali, le film de Ryan McKenna qui a pris l'affiche le 4 décembre dernier au Tapis rouge.

Le cadeau de la mise en scène

Son parcours est désormais marqué par la mise en scène venue certes un peu plus tard dans son cheminement artistique mais qui constitue aujourd'hui l'aspect le plus révélateur de l'artiste qu'elle est devenue. «Faire de la mise en scène, c'est un cadeau. J'y ai le plaisir de toucher à tous les aspects du spectacle. Je m'y investis totalement.» Si elle se sent l'obligation d'avouer un faible pour le théâtre, c'est qu'elle fait aussi la mise en scène de spectacles de danse, notamment.

La liste de ses créations sous la houlette de Infrarouge depuis 2001, est impressionnante. Ça a commencé avec Jimmy créature de rêve (2001) puis, La noirceur (2003), The Glass Eye (2007), L'invisible (2008), Moi qui me parle à moi-même dans le futur (2010), Trieste (2013) autant de productions où la créatrice explore, à travers les expériences technologiques, les possibilités de raconter des histoires en utilisant le son, la lumière, les décors comme éléments narratifs. Si les pièces sont en anglais ou en français, son langage a transcendé les cultures nationales et séduit créateurs et spectateurs partout à travers le monde.

Cette quête est toujours au coeur de son exploration. Elle a écrit et assure la mise en scène de Peepshow qu'elle vient de présenter à l'Espace Go et qu'elle remontera au printemps, toujours avec la comédienne Monia Shokri. C'est un spectacle créé en 2005 qu'elle a trimballé d'un bout à l'autre du Canada avant de le faire dans plusieurs pays européens où on l'a invitée. Que ce solo théâtral ait fait l'objet d'un intérêt ans de nombreux est déjà indication d'un propos universel. Qu'il ait été repris quinze ans après sa première création met en lumière son aspect intemporel et une pertinence qui, apparemment, défie le temps et les époques.

Marie Brassard l'explique tout simplement. «Je me révèle énormément dans tout ce que je fais. Ce n'est pas par manque de pudeur, je pense que c'est simplement une volonté profonde d'être toujours la plus honnête possible en étant complètement à l'écoute de ce que je veux exprimer. Je ne fais jamais de compromis. Jamais. Je n'ai pas de mérite, c'est dans ma nature.»

Pourtant, elle admet qu'il est de plus en plus difficile de créer, ici comme ailleurs, faute de moyens financiers conséquents. «Les conditions sont devenues difficiles depuis quelques années. C'est le cas dans plusieurs pays et je crois que la politique y est pour beaucoup. On voit plusieurs gouvernements de droite au pouvoir et on sait que ce ne sont pas les plus généreux envers la culture. Des collègues aux Pays-Bas, en Angleterre ou ailleurs déplorent la même réalité. On espère tous que le vent va tourner.»

«Malgré tout, je continue de créer, même sans de gros moyens financiers. Je ne peux pas faire autrement: c'est un besoin viscéral chez moi. C'est mon identité depuis que je suis toute petite alors que je dessinais constamment. Aujourd'hui, créer, c'est mon métier et je serais incapable d'arrêter.»

S'abandonner à un autre

Marie Brassard fait plein de choses mais comme elle est d'abord et avant tout comédienne, elle est toujours ouverte à jouer quand les projets sont intéressants, au cinéma ou au théâtre. Le film de Ryan McKenna, Le coeur de Madame Sabali, était de ceux-là.

«J'aime les idées hors du commun et les créateurs qui sortent de l'ordinaire, dit Marie Brassard, et c'est le cas de Ryan. Son film ne ressemble à rien d'autre et fait preuve d'un humour très particulier. Pour moi, ce sont des critères très importants. Même si un scénario est bon, s'il est trop réaliste, je ne trouve pas ça intéressant. J'aime quand ça sort de l'ordinaire, quand c'est excentrique et que ça implique une certaine prise de risques.»

«Avec le personnage de Jeannette dans Le coeur de madame Sabali, j'ai joué à l'économie. Ça permettait de bien représenter l'état de confusion de Jeannette, mon personnage, qui se sent habitée par quelqu'un d'autre dès le moment où elle se fait greffer un nouveau coeur. J'ai beaucoup aimé que le spectateur ait beaucoup de non-dit à décoder. Si on avait joué de façon très explicite, on aurait enlevé cette magie-là qui est essentielle.»

Le film se démarque par sa direction artistique qui mise sur une facture visuelle très frappante, aux limites de l'absurde. L'oeuvre est plaquée d'un bout à l'autre par des couleurs primaires vives et saturées qui rappellent certaines bandes dessinées malgré le ton sérieux du scénario. C'est là une vision que ne pourrait renier Marie Brassard, la metteur en scène, très préoccupée qu'elle est par l'aspect visuel de ses productions qui se veut évocateur et un puissant élément narratif.

Dans ce film, cependant, elle se contente du rôle d'interprète. «J'aime le jeu parce que contrairement à ce que je peux faire dans mes propres créations, en tant qu'interprète, je me remets entièrement entre les mains de quelqu'un d'autre. Je fais confiance à un autre créateur. C'est pour ça qu'au cinéma, il est essentiel pour moi d'aimer le réalisateur, d'avoir totalement confiance en lui ou elle.

Présentement, la créatrice travaille au développement de plusieurs projets. Au printemps, elle sera à Paris pour y présenter Peepshow. Ce sera un deuxième voyage en quelques mois puisqu'elle y est déjà, en parallèle, à la grande conférence de Paris sur les changements climatiques; elle agit comme narratrice pour un spectacle son et lumière élaboré à la Société des arts technologiques de Montréal et présenté au Planétarium de la Cité des sciences de Paris. «Ça parle de réchauffement climatique et de notre relation avec la nature mais en même temps, c'est un projet artistique. Le fait de le présenter à Paris, dans tout le contexte social et politique que l'on sait, c'est une expérience très intéressante. Je suis vraiment choyée par mon travail.»

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