Technique, ludique, humain

À travers sa ménagerie de métal, le sculpteur... (Olivier Croteau)

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À travers sa ménagerie de métal, le sculpteur trifluvien Henri Morrissette donne forme à ses préoccupations humaines mais aussi à son indéniable sens du ludique et du plaisir. Son exposition est présentée au Centre d'exposition Raymond-Lasnier.

Olivier Croteau

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François Houde
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Jusqu'au 29 novembre, le sculpteur trifluvien Henri Morrissette expose au Centre d'exposition Raymond-Lasnier de la Maison de la culture sous le titre tout simple mais fort à propos de Vide-Grenier.

C'est deux ans de réflexion et de conception qui se cachent derrière cette réalisation pleine d'imagination, d'invention et de savoir-faire. Si, au premier regard, on peut croire que ce sont les objets qui ont imposé à l'artiste ses orientations, celui-ci affirme que la démarche va plutôt dans l'autre sens. «À la base, dit-il, j'ai des idées qui me trottent dans la tête depuis longtemps sans arriver à maturité. Arrive un moment où, à travers des ventes de garage ou vide-grenier selon le terme français correct, je vois des objets qui donnent une forme à certaines de ces idées. C'est comme s'ils imposaient une forme à ma réflexion.»

On comprend donc que derrière l'apparente bonhomie de ses sculptures se cachent des préoccupations humanistes, des questions, des sujets plus graves. Morrissette a cependant l'élégance de laisser au spectateur le soin de nourrir sa propre réflexion à travers les oeuvres. L'artiste explique d'ailleurs que ce qu'il aime de ces vide-greniers, qu'il fréquente assidûment l'été venu, c'est que derrière l'amas d'objets hétéroclites, se dessine la personnalité des gens qui les vendent.

On peut en dire autant de son exposition à lui qui trace les traits d'un homme optimiste, à l'imagination effervescente qui propose constamment à la réalité une nouvelle interprétation. Quelqu'un qui voit au-delà de l'objet lui-même, qui imagine une autre vocation, un autre sens. Vide-Grenier est une exposition résolument ludique sans être superficielle.

Dans la grande salle que l'exposition occupe, on peut percevoir trois ou quatre courants spécifiques. À gauche de l'entrée, déjà, une imposante installation peuplée de pigeons réalisés à partir de grosses charnières de portes ou d'animaux chimériques créés à partir de lourds objets industriels. De l'autre côté, une série de sculptures se dressent le long du mur. On ne devinerait pas qu'il s'agit, à l'origine, d'objets musicaux que Morrissette a créés en compagnie du musicien Christian Laflamme. «Ils ont été créés pour produire de beaux sons mais avec également un souci visuel, explique le sculpteur. Aujourd'hui, je m'arrête à leur stricte valeur visuelle qui se justifie pleinement.»

Cette première exposition solo depuis 2006 pour Henri Morrissette permet de voir où en est l'artiste, où l'ont amené ses différentes inspirations manifestées dans différentes participations à des expositions collectives au cours des années. «J'arrive à un moment de ma carrière où je sens que je commence à avoir une maîtrise technique qui me permet d'aller plus loin dans la création. Je me sens plus solide dans mon travail et je me suis donné ce défi d'assumer une exposition solo pour mesurer où j'en suis de mon processus créatif. Dans le passé, j'ai souvent travaillé en réponse à une thématique proposée; là, c'est moi qui fixe les paramètres.»

«En voyant le résultat, j'avoue que j'ai le sentiment d'avoir relevé le niveau de mon travail d'un bon cran. J'aime la facture de mon travail et j'y vois le reflet de mon évolution en tant qu'individu. Je sens que je m'abandonne à mon message, à la signification qui est dans les oeuvres même. Je les laisse vivre et même si elles s'inscrivent dans des inspirations que je vais continuer d'explorer, j'assume complètement chacune des oeuvres.»

Fait rare, l'artiste n'a même pas donné de titre à ses sculptures. Parce qu'elle parlent d'elles-même? «Je ne donne pas de nom parce que je veux que les gens y voient ce qu'ils veulent bien y voir. Ça leur appartient. Moi, je sais que chaque sculpture est nourrie par une préoccupation humaine sous-jacente qui lui confère un sens supplémentaire. Libre à chacun de le percevoir.»

L'artiste a profité du large spectre qu'ouvre la notion même du vide-grenier pour arpenter différentes avenues, comme celle, sur le mur opposé à la porte d'entrée du centre d'exposition, qui accueille quatre oeuvres en deux dimensions dont une, en apparence technique, qui illustre un célèbre théorème de géométrie de James Morley. C'est le penchant technique de l'artiste qui, bien qu'il demeure, est toujours au service d'une inspiration émotionnelle, humaine à travers un second degré qu'Henri Morrissette maîtrise remarquablement. Et fort plaisamment, il faut bien le dire.

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