Les Trois accords: jamais là où on les attend

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Les Trois accords viennent de lancer leur 5e album.

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François Houde
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) C'est au lendemain du grand lancement montréalais du 5e album des Trois accords, Joie d'être gai, que le chanteur Simon Proulx a accordé une entrevue au Nouvelliste, comprimé entre deux entrevues elles-même tassées entre plusieurs autres. Le chanteur n'a pourtant pas manifesté la moindre trace de fatigue ou de lassitude. Aussi enjoué et sympathique que les chansons de ce groupe inclassable.

Le Drummondvillois a même soutenu que ces séquences d'entrevues, pour exigeantes qu'elles sont, sont très enrichissantes. «Quand l'album sort, on n'a pas de recul. Les entrevues nous permettent de poser un regard plus objectif sur notre travail. Je pense qu'on gagne à analyser et comprendre ce qu'on a fait, comment l'album s'inscrit dans notre démarche globale; où nous sommes rendus, en somme. Un album, c'est une photo d'où on est à un moment précis de notre carrière.»

Ce qu'il peut dire de Joie d'être gai, c'est qu'il a permis l'exploration d'avenues que Pierre-Luc Boisvert (basse), Charles Dubreuil (batterie), Alexandre Parr (guitare) et lui n'avaient jamais empruntées auparavant même si l'idée leur trottait dans la tête. «Dès qu'on a décidé de faire un nouvel album, se souvient le chanteur, auteur et compositeur des chansons du groupe, on savait que ça ne serait pas comme les précédents. On voulait explorer de nouveaux territoires sonores. Aller vers davantage de distorsions dans le son, se rapprocher du rock alternatif des années 90: Flaming Lips ou Weezer, par exemples.»

Avec l'album précédent, J'aime ta grand-mère (sorti en 2012) l'idée était déjà là mais les chansons ne s'y prêtaient pas. «Peut-être justement parce que j'avais cette idée-là derrière la tête, plusieurs des chansons du nouvel album fonctionnent super bien dans le son qu'on souhaitait. Quand on les a travaillées en groupe, c'était vraiment excitant de faire différents essais. On avait besoin de cette nouveauté. Je ne pense pas nécessairement que les fans le voulaient, mais nous, on en avait envie. Ça a toujours été inscrit dans la nature même de notre groupe: aller toujours un peu plus loin, là où on ne nous attend pas.»

Ce qui est certain à ses oreilles, c'est que l'excitation ressentie par les musiciens en testant de nouvelles voies se sent sur le produit final. «On est tellement contents du résultat. Quand on a essayé des sonorités comme le piano rock des années 90 et l'espèce de flou très assumé dans la facture finale, on trouvait ça vraiment malade! C'est comme la première fois qu'on a joué Joie d'être gai ensemble, on a trippé fort parce qu'on sentait qu'on avait avancé.»

Pas le plus productif...

Le groupe maintient un rythme de production constant avec un album aux trois ans. Un rythme qui leur est naturel. «Si on calcule qu'après la sortie de l'album, on prépare la tournée pendant environ 3 mois, qu'on fait la tournée de spectacles pendant un an et demi et qu'il nous faut à peu près un an pour créer le suivant, c'est un rythme que je qualifierais de normal pour nous. D'autant que je suis peu productif. Je n'écris pas constamment et ça peut me prendre environ six mois pour venir à bout d'écrire toutes les chansons d'un album. J'ai besoin de la pression de la sortie programmée pour accélérer le processus. Sans ça, tu peux attendre dix ans avant de trouver les strophes parfaites.»

Simon Proulx dit qu'il a trimé dur sur les dix chansons de l'album. Un effort qui ne s'évalue pas selon un critère quantitatif. «Pour avoir dix chansons satisfaisantes, je n'en n'ai pas écrit vingt. Disons... dix et demie! J'ai tendance à ne faire que le minimum, mais je m'applique. Ça peut prendre des mois pour une chanson, à raison, parfois, d'une ligne par jour ou par semaine.»

«En plus, cette fois-ci, la barre était haute et l'écriture difficile. Je voulais hausser la qualité des textes, qu'ils soient poétiques. Si on n'avait pas unanimement trouvé toutes les chansons intéressantes, on n'aurait pas fait l'album. On n'y était pas forcés.»

Pour ce qui est de l'inspiration, elle demeure pour lui incompréhensible. Une grâce ou plutôt, une disponibilité. «Les bonnes idées, c'est quelque chose qui se cueille comme disait Luc Plamondon. Parfois, ça vient très rapidement comme pour Les dauphins et les licornes écrite en une journée. Par contre, Joie d'être gai a été très longue à composer. Elles me plaisent autant l'une que l'autre.»

L'apparente superficialité des textes des chansons des Trois accords peut tromper. Les envolées absurdes ont un sens aux yeux de l'auteur, pas toujours à ceux des auditeurs. «Tu sais quoi? Je me suis aperçu que peu m'importe ce que les gens perçoivent dans mes textes. Chacun peut y voir ce qu'il veut. Ça ne me dérange pas qu'on ne retienne que le premier degré. Quand, en spectacle, je vois un père portant sa petite fille sur ses épaules et qu'ils chantent tous les deux par coeur, je trouve ça juste beau. S'ils trippent à écouter nos chansons, c'est bien plus précieux que d'en comprendre le sens caché.»

«L'avantage du second degré, c'est que ça permet parfois à des chansons de durer. On peut les prendre au premier degré pendant longtemps et un jour, les redécouvrir à travers un sens que j'avais imaginé et ça redonne une nouvelle valeur à la chanson. C'est cool!»

«Quand on crée, on n'a aucun recul et... (La Presse) - image 3.0

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«Quand on crée, on n'a aucun recul et zéro idée de ce qui va plaire au public. On ne soupçonnait pas du tout que J'aime ta grand-mère pourrait plaire comme elle l'a fait. C'est devenu quelque chose comme un hymne.»

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Une grand-mère et du lait

Quand une chanson est choisie par les producteurs de lait du Québec pour être le support d'une de ses célèbres campagnes publicitaires télévisées, on peut le voir comme une consécration. C'est le cas pour J'aime ta grand-mère des Trois Accords.

Simon Proulx est comblé. «D'abord, c'est une très belle publicité, convient Simon Proulx, et ce qui est bien, c'est qu'il n'y avait pas de danger de controverse: personne peut être contre un produit comme le lait. Personnellement, j'ai été agréablement surpris qu'ils la choisissent.

«Pour ce qui est du produit final, on s'attendait à ce que ce soit bien fait mais le résultat a dépassé nos attentes. Ç'a été fait avec goût et respect pour la chanson. D'ailleurs, ils se sont clairement inspirés du clip qu'on en avait fait, ce qu'on ressent comme un hommage. Ça ne dénature en rien ce qu'on avait fait et en plus, ça porte sur la chanson un nouvel éclairage qui me plaît bien.»

L'auteur et compositeur est encore complètement renversé par le succès qu'a connu cette chanson.

«Quand on crée, on n'a aucun recul et zéro idée de ce qui va plaire au public. On ne soupçonnait pas du tout que J'aime ta grand-mère pourrait plaire comme elle l'a fait. C'est devenu quelque chose comme un hymne.»

«En voilà une chanson que j'ai mis beaucoup de temps à écrire, ajoutant à peine une ligne au texte de temps en temps. Moi, je l'aime parce que je la trouve très poétique mais je ne pensais jamais que ça pourrait être un hit. Je trouve simplement que c'est un de mes meilleurs textes. Il reste que quand une chanson plaît au public, ça me pose des questions et je la regarde avec un oeil nouveau pour essayer de com-prendre quel est le secret de son charme.»

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