La renaissance de Chloé Sainte-Marie

Chloé Sainte-Marie sera en spectacle au Moulin Michel... (La Presse)

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Chloé Sainte-Marie sera en spectacle au Moulin Michel de Gentilly, à Bécancour, le samedi 28 novembre à 20 h.

La Presse

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Marie-Josée Montminy
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) «À la croisée des silences, c'est une naissance, une renaissance. C'est pour moi une transhumance. Je change de pâturage. Je quitte un peu toute cette douleur dans laquelle j'ai été pendant toutes ces années. J'émerge, je suis en résurgence.»

C'est ainsi que Chloé Sainte-Marie définit son état d'esprit actuel en même temps qu'elle décrit le livre-album paru à l'automne 2014 et dont elle transposera l'essence sur scène le samedi 28 novembre au Moulin Michel de Gentilly, à Bécancour. 

La douleur à laquelle l'artiste fait référence est évidemment reliée au deuil de son compagnon pendant 27 ans, Gilles Carle, de qui elle a pris soin pendant les 17 ans de sa maladie. Ce complice mis sur sa route lorsqu'elle avait 18 ans s'est éteint en 2009 après avoir vu sa vie minée par la maladie de Parkinson. Le projet À la croisée des silences est un livre de 136 pages combiné à deux disques compacts, regroupant 57 poèmes d'auteurs québécois, dont 17 chantés et 40 récités par Chloé Sainte-Marie.

«C'est comme une anthologie. C'est sur 10 ans de ma vie avec Gilles. Sa descente aux enfers avec le Parkinson et tout ça... La vie n'était pas facile. Je lisais de la poésie comme baume», raconte-t-elle en parlant des poèmes qu'elle a sélectionnés, citant l'exemple de Lassitude, de Saint-Denys Garneau, qui dit «Je ne suis plus de ceux qui donnent, mais de ceux-là qu'il faut guérir». La comédienne et chanteuse a demandé aux compositeurs Yves Desrosiers et Sylvie Paquette de mettre 17 de ces poèmes en musique.

Chloé Sainte-Marie a travaillé pendant huit mois sur la création de son album-double. Elle a loué une maison et de l'équipement et s'est attelée à la tâche en compagnie du Trifluvien Réjean Bouchard, avec qui elle travaille depuis des années. Après le lancement de l'album en octobre 2014, les répétitions pour le spectacle ont commencé. «Je suis allée chercher un metteur en scène que j'estimais être un pur génie», dit-elle en parlant de Philippe Cyr, qui l'avait éblouie dans une mise en scène de Les cendres bleues, de Jean-Paul Daoust. 

«Philippe Cyr est un jeune metteur en scène de 34 ans. J'ai toujours travaillé avec des maîtres comme Paul Buissonneau, Gilles Carle et Brigitte Haentjens. J'avais le goût de trouver quelqu'un dans la jeune génération. Ce n'est pas une question d'âge. Le talent, on l'a ou on ne l'a pas», soutient-elle. Sur scène, la chanteuse et récitante est accompagnée des multi-instrumentistes Réjean Bouchard et Gilles Tessier, qu'elle qualifie de «surdoués». Comme dans ses spectacles précédents, elle alterne entre les poèmes dits et chantés.

«Le sens, pour moi, est donné par le poème dit. Dans le poème chanté ou la chanson, comme c'est musical, des fois on se laisse aller à la beauté des sons mais on oublie le sens. Quand on dit un poème, c'est la musique des mots», formule-t-elle. Pour le spectacle, Chloé Sainte-Marie a choisi de ne pas réciter les poèmes enregistrés sur l'album, considérant que les gens peuvent les écouter chez eux. Elle a refait un exercice de sélection en puisant dans différents recueils.

«Je crois qu'un album c'est fait pour être écouté 1000 fois, c'est de la poésie. Avec le spectacle, on s'en va ailleurs. C'est plus rentre-dedans, tandis que dans l'album, il y a une douceur. Les gens disent que ce n'est pas un spectacle, c'est une expérience. C'est un spectacle qui est troublant par ce qu'il dit, par l'instrumentation», illustre-t-elle.

La fin de semaine dernière, Chloé Sainte-Marie est allée à l'Île-Verte pour ré-inhumer son compagnon. «Gilles a été exhumé du cimetière Côte-des-Neiges pour être enterré à l'Île-Verte, après six ans enterré à Montréal. Il l'avait demandé dans son testament», confie-t-elle. «L'album À la croisée des silences c'est tout lui. Cet album-là m'a affranchie de tout. Gilles m'accompagne toujours, il va toujours être avec moi. Le corps meurt, mais l'esprit demeure. Il est en moi, Gilles. Il va mourir quand je vais mourir», conclut-elle.

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