Le regard singulier d'un humoriste accompli

Sylvain Larocque... (Photo: François Gervais)

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Sylvain Larocque

Photo: François Gervais

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François Houde
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Sylvain Larocque ne vend pas autant de billets de spectacles que les plus populaires des humoristes québécois mais il s'est fait une niche dans le monde de l'humour qui lui permet de présenter un quatrième spectacle solo en carrière: Dans le blanc des yeux.

Le seul titre est déjà représentatif de certains aspects de l'humour particulier de cet artiste dont les exigences personnelles élevées le poussent à exploiter ses talents d'écriture déjà reconnus par plusieurs de ses confrères dont les Denis Drolet, Laurent Paquin, Martin Petit ou Philippe Bond. Le titre, donc, fait référence à son physique qu'il qualifie lui-même d'ingrat et qui justifie un numéro au début de son spectacle. Il réfère également, et surtout, aux propos qui donnent à son spectacle sa singularité autant que sa colonne vertébrale.

Sans chercher à imposer un humour lourd de message et de morale, Larocque parle de sujets qui pourraient effrayer certains de ses confrères.

«Dans mon spectacle, je parle de racisme, de bilinguisme, de l'avenir du Québec et je parle de nous comme d'un peuple conquis. D'ailleurs, je pense que s'il fallait trouver un thème ou plutôt un fil conducteur dans tout le spectacle et travers plusieurs numéros très différents les uns des autres, je dirais que c'est celui du peuple conquis.»

Ça peut paraître lourd, Larocque affirme sans retenue que ça ne l'est pas.

«Moi, je suis de l'école selon laquelle en humour, on peut parler de tout; c'est simplement une question de trouver le bon angle pour le faire. J'arrive à dire des choses innommable dans mon spectacle, sur le racisme, notamment, mais les gens rient à gorge déployée. Il n'y a pas le moindre malaise. Il faut trouver l'angle qui fasse qu'on en rit mais que le message demeure là. Il y en a qui m'ont dit que quand ils sortent de mon spectacle, ils ont une réflexion en tête qui se poursuit en sortant de la salle et ça, c'est le plus beau compliment qu'on puisse me faire.»

Sylvain Larocque sait écrire de l'humour. Des blagues spécifiques comme un spectacle en entier. Un Prix Gémeaux pour ses textes dans Un gars, une fille et six Oliviers d'auteur de l'année, en plus d'un autre pour le spectacle de l'année en 2010 pour Vu d'même, en témoignent.

«Dans un spectacle, il faut une structure: il faut des blagues de différents niveaux pour établir quelque chose de solide et créer des moments très forts. J'ai donc des blagues qui sont plus accessibles, qui font rire au premier degré et qui me permettent de bien établir un second degré plus porteur de messages. Je fais donc des compromis avec des gags plus accessibles mais je refuse de tomber dans la facilité avec de l'humour bêtement vulgaire, par exemple.»

Il commence son spectacle avec des blagues d'auto-dérision pour se gagner le public et casser son image.

«J'ai physiquement l'air d'un dur alors que je suis le contraire de ça. Moi, je dis que je suis un magasin de bonbons avec une vitrine de surplus de l'armée». L'humoriste parle notamment de l'intimidation dont il a été victime dans sa jeunesse ou il reprend des blagues que les humoristes pour lesquels il écrit lui ont refusé et avec lesquels il comble aujourd'hui son public. Tout ça met la table à des réflexions sociales plus poussées, plus riches qui ne perdent jamais leur côté comique. «La pilule passe parce que je la trempe dans le miel.»

La représentation trifluvienne de son spectacle, le 23 octobre, est une supplémentaire. Il sera à Shawinigan le 5 mars 2016. Il est à programmer des représentations pour l'automne 2016. On appelle ça un succès.

Et si jamais l'intérêt devait décliner dans quelques années, il lui restera le marché français où il a été à l'affiche pendant six mois, l'écriture pour les autres humoristes, pour le théâtre, la télévision. Mais aucune de ces déclinaisons ne portera son ADN et son regard si singulier comme son spectacle solo.

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