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Un livre pour dénoncer les agressions sexuelles: «il m'a arraché mon âme»

France Cloutier lancera son livre à la bibliothèque... (Audrey Tremblay)

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France Cloutier lancera son livre à la bibliothèque de La Tuque le 13 octobre prochain.

Audrey Tremblay

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(La Tuque) «J'ai eu l'impression de me faire arracher mon âme». France Cloutier est catégorique, son agresseur lui a pris une partie d'elle-même une nuit froide de septembre 2008. La Latuquoise d'adoption lancera son livre «Je suis normale, d'où je viens» le 13 octobre prochain. Un livre dans lequel elle raconte dans le moindre détail l'agression qui a changé sa vie. Elle veut dénoncer les agressions sexuelles, mais surtout lancer un message d'espoir.

«Il m'a arraché mon âme. Il n'y a pas d'autre façon de décrire un viol, ça arrache ton âme complètement. Il faut que tu réapprennes à vivre parce que tu n'es plus la même personne», lance d'entrée de jeu France Cloutier.

«Je ne crois pas à la guérison, mais je crois qu'on peut réussir à survivre à une étape comme ça. Quand j'ai commencé à écrire, c'était libérateur. Tranquillement, cela a pris un autre tournant, c'est devenu un livre», explique l'auteure.

Un livre qui, mis à part les noms et les lieux qui ont été changés, relate les faits dans leur intégralité, sans romance. France Cloutier, âgée aujourd'hui de 45 ans, a longuement hésité à porter plainte. 

«C'est arrivé dans la nuit de samedi à dimanche, dans me tête je n'allais pas porter plainte. Je me disais qui est-ce qu'on va croire, la blanche ou l'autochtone?»

Mme Cloutier travaillait auprès des jeunes dans une communauté autochtone, c'est en partie pour eux qu'elle a pris son courage à deux mains et qu'elle a dénoncé l'acte criminel.

«J'expliquais aux jeunes de la communauté la différence entre un bon secret et un mauvais secret, ce qu'il faut dire et ne pas dire. Dans ma tête, c'est là que je me suis dit, si je n'en parle pas, je garde un mauvais secret.» 

«Comment j'allais faire pour regarder mes jeunes dans les yeux en faisant le contraire de ce que je leur dis. J'ai décidé de porter plainte. Je l'ai fait pour les jeunes de la communauté.»

Sous les conseils d'une amie, quelques heures seulement après le tragique événement, alors qu'elle refusait carrément de dénoncer l'incident, France Cloutier a tout décrit, dans le moindre détail. Ces détails, ils se retrouvent dans le livre.

«J'ai lu le livre à plusieurs reprises, et quand je le lis il me fait toujours aussi mal.»

Outre l'agression, France Cloutier aborde également plusieurs sujets dans son récit, notamment les conséquences sur sa vie, l'annonce à la famille, le procès, les amis qui restent et qui partent, les tentatives de suicide qu'elle a faites.

Elle parle également du choc post-traumatique et des séquelles liées à ça. 

«Dans notre société, si tu n'as pas une jambe cassée et que tu ne travailles pas, ce n'est pas normal. Mon livre est devenu aussi un moyen d'informer les gens», souligne

Mme Cloutier.

Selon elle, il reste encore beaucoup à faire au niveau de la sensibilisation et elle espère que son livre pourra éclairer les victimes, l'entourage et même les intervenants.

«Quand tu arrives aux urgences par toi-même en disant que ça ne va pas du tout, ils ne savent pas quoi faire avec toi. Ça les surprend parce que ça ne saigne pas. Ça a changé, ils sont plus ouverts, mais il ne faut pas arrêter d'en parler.»

Après trois longues années de procédures judiciaires, son agresseur aura finalement été reconnu coupable et condamné à 14 mois de prison en plus d'être inscrit pendant 20 ans au registre des délinquants sexuels.

«La justice a fait son travail, mais les peines ne seront jamais assez sévères. Même s'il avait eu dix ans d'emprisonnement, ça n'effacera jamais le viol», fait-elle remarquer.

Le lancement du livre Je suis normale, d'où je viens aura lieu à la bibliothèque de La Tuque

le 13 octobre prochain. Un livre de 300 pages publié par Les Éditions de la Paix.

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