Alain Lefèvre épate dans Gershwin

Le pianiste Alain Lefèvre a épaté le public... (Photo: Émilie O'Connor, Le Nouvelliste)

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Le pianiste Alain Lefèvre a épaté le public de la salle Thompson, samedi, par son interprétation du Concerto en fa de Gershwin avec l'OSTR.

Photo: Émilie O'Connor, Le Nouvelliste

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Marie-Josée Montminy
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Depuis quelques années, le directeur artistique et chef attitré de l'Orchestre symphonique de Trois-Rivières Jacques Lacombe réussit à marquer ses débuts de saison par des programmes éblouissants autant par le choix des oeuvres que par la qualité des solistes invités. Si l'an dernier le baryton Étienne Dupuis avait ému la foule en revisitant le répertoire de Félix Leclerc, samedi soir, en inauguration de la 38e saison de l'OSTR, c'est le pianiste Alain Lefèvre qui a épaté la salle avec son intense interprétation du Concerto en fa de Gershwin.

Plusieurs remarques s'imposent pour commenter cette première partie de concert, judicieusement ouverte par Musique à go-go: A Symphonic Mêlée, du compositeur canadien Lothar Klein, une pièce moderne pavant la voie aux élans jazz qui allaient suivre dans le concerto de Gershwin. Et quel concerto! D'abord, l'unicité même du genre mérite respect et admiration de la part des mélomanes, qu'ils soient néophytes ou érudits, férus de musique symphonique ou francs amateurs de jazz.

Né en 1898 à New York, George Gershwin a composé pour la scène (pour des productions de Broadway, notamment), le cinéma et l'orchestre. Son nom est souvent associé à l'opéra folk Porgy and Bess et à sa Rhapsody in Blue pour piano et orchestre. Plusieurs classiques du jazz vocal sont aussi signés Gershwin, que l'on pense à Summertime, Embraceable You, I Got Rythm, Someone to Watch Over Me ou Let's Call the Whole Thing Off.

Composé en 1925, son Concerto en fa marie d'une manière magistrale la musique symphonique aux rythmes de jazz dans plusieurs de leurs déclinaisons. Blues, ragtime et charleston s'invitent dans les trois mouvements de ce brillant concerto pour piano qui s'illustre par sa vivacité, sa couleur et son pouvoir d'évocation.

Les concertos de compositeurs européens des XVIIIe et XIXe siècles revêtent une tenue plus formelle et «sérieuse», et si on voulait se téléporter vers le lieu qu'ils nous inspirent, on se retrouverait possiblement dans une cour de monarque ou dans le salon d'un manoir bourgeois. Le Concerto en fa de Gershwin nous donne la liberté de se transporter dans les rues et ruelles de New York si le coeur nous en dit ou si nos références personnelles nous y guident.

J'ai pour ma part successivement imaginé des déambulations nocturnes nonchalantes, des danses à la Fred Astaire entre des lampadaires, des flirts plus ou moins salaces dans les recoins d'un bar, des discussions entre citadins éméchés et des poursuites entre gangsters de ruelles, le tout dans une atmosphère rappelant la cinématographie de Woody Allen...

Voilà pour l'oeuvre. Son interprète, le magnifique Alain Lefèvre, mérite amplement la longue ovation qui lui fut accordée au terme de sa performance à couper le souffle. Quel pianiste! Quel artiste! Expressif à la limite de l'exubérance, Alain Lefèvre est aussi doué pour honorer toute la délicatesse d'un prélude de Chopin que pour exprimer la fougue pure et l'éventail d'émotions entre les deux, mis en portée par tout compositeur qu'il a choisi d'inclure à son répertoire.

Aussi physique que musicale, son interprétation du concerto de Gershwin ajoutait à l'intérêt de l'oeuvre, samedi. Alain Lefèvre vit sa musique. Il ne fait qu'un avec son piano, et cette osmose, à son tour, s'amalgame à l'orchestre. La complicité avec Jacques Lacombe était palpable, et l'étreinte entre les deux hommes, à la fin du concerto, l'a confirmée. Réagissant à la chaleur des applaudissements, le pianiste invité s'est permis de revenir au piano, seul, pour offrir Time Out, une composition jazzy tirée de son plus récent album Rive Gauche. Il a dédié à maestro Lacombe, qu'il sait amateur de jazz, cette pièce hommage à Dave Brubeck.

Honnêtement, on aurait bien passé la soirée au complet avec Alain Lefèvre et l'OSTR, quitte à revenir une autre fois pour la Symphonie fantastique de Berlioz, qui nous attendait en deuxième partie de programme!

L'orchestre a su rendre une interprétation juste et nuancée de la symphonie, la maîtrise de la nuance étant justement à mon avis un des grands atouts de Jacques Lacombe. Le chef réussit toujours à exploiter le meilleur de ses musiciens et à mettre en valeur ce qui doit l'être, comme ces évocations d'orages aux timbales ou l'écho d'un hautbois en coulisses, pour ne citer que ces exemples.

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