Le TGP permet de découvrir Le Projet Laramie

De gauche à droite : Martin Francoeur, Cindy... (François Gervais)

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De gauche à droite : Martin Francoeur, Cindy Rousseau, Étienne Bergeron, Patrick Lacombe, Frédéric Dowd (à l'arrière) et Merlin Voghel. Absents de cette photo et non les moindres : Marie-Andrée Leduc, Rollande Lambert, Mylène Renaud et Guy Baillargeon.

François Gervais

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Linda Corbo
Linda Corbo
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) C'est une fort belle production. Le Projet Laramie, présentée actuellement par le Théâtre des Gens de la place à la salle Anaïs-Allard-Rousseau de la Maison de la culture, est une magnifique occasion de découvrir une autre forme de théâtre, un genre qui sensibilise, qui bouscule et qui mousse la réflexion. Une pièce qui visite le genre humain dans ce qu'il a de tendre, mais aussi dans ce qu'il a de plus cruel.

On parle ici d'un théâtre-documentaire qui porte très bien son nom puisque c'est vraiment l'effet qui est créé chez les spectateurs. Devant nous, les comédiens brisent le quatrième mur et s'adressent directement au public pour faire le récit d'un événement réel, un crime haineux commis en 1998 par deux jeunes hommes à l'endroit de Matthew Shepard. Ce garçon de 21 ans, homosexuel, a eu le malheur de les suivre à la sortie d'un bar dans cette petite ville universitaire du Wyoming. On le retrouvera ligoté à une clôture, sauvagement battu, torturé et laissé pour mort.

Le nom de Matthew Shepard peut éveiller quelques souvenirs puisque ce crime a fait le tour de la planète. Au Théâtre des Gens de la place, on nous donne ici l'occasion de décortiquer l'événement sous la forme d'une réflexion qui gagne plusieurs profondeurs.

Le sujet est traité par le biais des membres d'une troupe de théâtre qui se sont rendus véritablement sur les lieux, qui ont recueilli les témoignages d'une communauté secouée et qui ont puisé dans les rapports médicaux, policiers et judiciaires pour tracer le fil des événements.

Pour traduire le tout sur les planches, le metteur en scène Marc-André Dowd a misé sur une sobriété dont il sait faire un brillant usage. Tapis de couleur sable qui évoque l'aridité du Wyoming, clôtures de bois qui nous rappellent constamment la mémoire de la victime et sept glacières en guise de seuls accessoires, sans plus. À cela, on ajoutera toutefois des éclairages chauds pour teinter les atmosphères et une trame sonore judicieuse, qui donne une puissante valeur ajoutée à cette production.

Le reste repose sur les solides épaules des comédiens et, à cet effet, on peut parler d'une distribution extrêmement costaude qui sait non seulement épouser les nuances qui permettent aux spectateurs de valser à travers une gamme variée d'émotions, mais qui parviennent aussi à créer un effet d'ensemble saisissant.

Pour y parvenir, dix comédiens s'échangent une soixantaine de personnages qui ont tous pour but de servir le récit. Les dix interprètes demeurent d'ailleurs sur scène tout au long de la pièce, en retrait quand ils ne sont pas au service de la scène, et se livrant à des changements de costumes directement sur les planches. Rien de très complexe en ce sens. Une veste ajoutée ici, une casquette là, et le tour est joué. Fait à souligner, il suffit de garder un oeil sur les comédiens en retrait de l'action pour voir à quel point ils demeurent dans la peau de leurs divers personnages. Aucun décrochage sur scène, pas plus que chez les spectateurs d'ailleurs.

Cela dit, dans le lot des émotions que colportent cette pièce, on a parfois certains répits plus comiques malgré le contexte, que l'on pense au brillant tandem Marie-Andrée Leduc et Cindy Rousseau en duo d'adolescentes délinquantes ou à Martin Francoeur en citoyen un peu rustre. Patrick Lacombe en impose de son côté en révérend provocateur alors que Guy Baillargeon se fait particulièrement touchant deux fois plutôt qu'une dans la peau du père et du médecin de la victime.

S'il est hasardeux ici de nommer des interprètes puisque la force du groupe domine, une mention spéciale s'impose néanmoins à l'égard de Merlin Voghel qui en était à sa première présence sur scène et qui rivalise de niveau de jeu avec tous ces habitués du TGP, et ce, avec une aisance étonnante.

En début de soirée, le spectateur pourra peut-être se sentir un peu ébouriffé par la somme des personnages qui est proposé, mais l'effet ne dure pas. Petit moment d'attente aussi le temps de mettre la pièce en contexte et de cerner adéquatement la municipalité de Laramie avant de passer au coeur du propos. Or, celui-ci arrivera bien assez vite et gardera le spectateur constamment captif du récit.

Jeudi, au soir de première, la pièce a duré près de trois heures sans que ne surgissent de longueurs, ou à peine. Devant l'autopsie des événements, c'est plutôt un silence complet empreint de respect qui s'impose de lui-même. Pour le propos, pour le récit et pour le travail scénique réalisé.

Disons que si vous n'avez qu'une pièce à aller voir cet automne, il serait judicieux de miser sur celle-ci. Elle sera présentée de nouveau samedi soir 20 h, dimanche 14 h, de même que jeudi, vendredi et samedi soirs prochains.

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