Pour Émond d'abord et Tchekhov ensuite

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Paul Savoie

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François Houde
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Paul Savoie trouve peut-être avec le personnage de Nicolas, rôle central du film Le journal d'un vieil homme de Bernard Émond, qui sortira sur un écran du Tapis Rouge vendredi, le rôle de sa carrière. Non pas que celle-ci ait manqué de relief, bien au contraire, mais parce que ce Nicolas, un homme âgé confronté à la mort, semble conçu expressément pour mettre ses qualités d'acteur en valeur.

Pourtant, c'est un personnage tiré d'un récit d'Anton Tchekhov, un auteur que Savoie affectionne. «J'aime beaucoup Tchekhov, c'est vrai, mais Une banale histoire, dont est tiré le film, est un récit que je ne connaissais pas. J'aime la façon que cet auteur a de nous dérouter: ses histoires n'ont souvent pas de conclusion claire, pas de punch final, nous laissant beaucoup de place pour notre propre réflexion et c'est encore le cas de cette histoire.»

Donc, l'acteur a accepté le rôle à cause de Tchekhov? «Non, à cause de Bernard Émond, corrige le principal intéressé. J'ai vu plusieurs de ses films et rêvais de jouer pour lui. Je me suis d'ailleurs immédiatement senti à l'aise avec lui. Il me connaissait bien pour m'avoir vu dans plusieurs productions, au théâtre comme au cinéma et il avait vu quelque chose dans mon jeu qui convenait à ce personnage. Il savait où il pouvait m'emmener.»

Il a aussi été conquis par «...un scénario béton auquel il n'y avait pratiquement rien à ajouter. Je n'avais qu'à m'abandonner au texte de Bernard. Vous savez, moi, mon métier, c'est d'être disponible à ce que le réalisateur me demande.»

Quant à savoir ce qu'il lui revenait d'apporter à ce personnage, Savoie penche pour la vulnérabilité.

«C'est la faiblesse physique de Nicolas qui a marqué mon interprétation. En même temps, j'ai joué le personnage comme un être plus grand que moi parce qu'il fait face au défi ultime: affronter la mort. Pour le reste, une grande part de l'interprétation passe par la caméra dans des choses qu'on ne contrôle pas comme acteur. Qu'on le veuille ou non, notre corps parle plus fort que nos intentions et ça, c'est le réalisateur et le public qui le voient. Je fais confiance au réalisateur.»

Son Nicolas est un personnage aussi simple qu'il est complexe: un scientifique ayant eu une carrière formidable mais dont les facultés s'effritent, comme sa vigueur physique et qui voit la mort arriver. Un défi devant lequel il se sait foncièrement seul, d'où une certaine coupure avec ses proches.

«Nicolas est au courant de l'échéance mais pas les gens autour de lui, explique l'interprète. S'il leur dit, il pose sur leurs épaules une charge qu'ils ne peuvent porter. Que pourraient-ils faire pour lui de toute façon? Alors, il se tait, pour les épargner. Il garde cependant une tristesse devant le sort de sa fille dépressive pour laquelle il se sent impuissant.»

«J'étais d'ailleurs un peu irrité par son impuissance en lisant le scénario. Puis, j'ai compris qu'il n'y a rien d'autre à faire pour lui que de prendre sa fille dans ses bras et de lui exprimer son amour.»

En adoptant le corps d'un vieil homme fatigué, accablé par le poids d'une mort prochaine, on suppose que Savoie a dû réfléchir à la sienne, de mort, d'autant qu'il a sensiblement l'âge de Nicolas.

«J'ai côtoyé la mort de certains proches dans ma vie: mon père, ma soeur. Et c'est sûr que ça m'a fait réfléchir. Je suis comme Nicolas en ce sens que moi non plus, je ne suis pas croyant. Je n'ai pas peur de la mort, pas peur de l'enfer, seulement de devenir légume. C'est le chemin qui mène à la mort qui est terrible, comme la vieillesse.»

«Pendant le tournage, j'ai eu accès à ma vieillesse, relate-t-il. En la jouant, il me fallait la ressentir de l'intérieur. À certains moments, je regardais ma propre main et je voyais celle de mon père, devenu vieux. Je me suis réellement senti plus vieux; c'était très particulier. C'est un des extraordinaires privilèges de mon métier: avoir accès à des expériences comme celle-là, tout en pouvant, peu après, jouer un personnage complètement différent comme celui du vieux bum que j'ai joué dans la série Un sur deux à la télévision.»

«Des inconnus qui se souviennent de mon personnage dans la série jeunesse Toc, toc, toc me saluent encore sur la rue en me rappelant ce personnage. Je trouve que ce sont des cadeaux extraordinaires que d'entrer dans l'imaginaire des gens d'une façon aussi durable.»

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