Émouvante Clémence

Pour son tout dernier spectacle en carrière dans... (Photo: Stéphane Lessard, Le Nouvelliste)

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Pour son tout dernier spectacle en carrière dans la région, Clémence Desrochers est apparue vive et enjouée comme à ses jeunes années sur la scène de la salle Thompson mercredi soir.

Photo: Stéphane Lessard, Le Nouvelliste

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François Houde
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Clémence Desrochers ne remontera plus sur la scène de la salle J.-A.-Thompson. Elle lui a fait ses adieux mercredi soir comme au public trifluvien dans un très touchant spectacle parfaitement digne du grand talent de cette artiste d'exception.

Clémence Desrochers ne reviendra pas parce que le temps passe. Ses quatre-vingt-dix minutes de représentation n'ont laissé nul doute que l'âge n'a que bien peu à voir avec cette éclipse définitive. La Clémence de mercredi était enjouée, énergique, espiègle et belle. Elle n'accusait guère plus que la moitié de son âge.

Peut-être était-ce la conscience du temps qui passe ou le poids du définitif qui pesait sur cette rencontre mais Clémence était terriblement émouvante. Comme si, profitant d'une ultime opportunité, l'émotion cherchait la moindre fissure pour remonter à la surface et ce spectacle était zébré de fissures. Notez, ce n'était peut-être que nous, dans la salle, qui avions les larmes à fleur d'yeux. Pourtant, je crois bien que Clémence a pleuré aussi à la fin de L'homme de ma vie, hommage à son Alfred de père et interprétée avec un surcroît de tendresse et d'amour.

Bien sûr, l'humour a pris beaucoup de place dans le spectacle mais jamais je n'avais été si conscient de toute la tristesse et de la nostalgie qui se cache dans pratiquement tous ses textes, l'humour n'étant souvent qu'un écran de pudeur pour couvrir une immense tendresse et une tristesse qui semblent l'habiter. Ces dernières se sont tout aussi joliment manifestées dans Maman, Deux vieilles ou La vie de factrie, autre moment troublant de la soirée.

À 81 ans, Clémence chante encore avec un aplomb étonnant. Elle arrive encore à rendre l'émotion simple et vraie qui sont le matériau de base de ses chansons. Peut-être, d'ailleurs, n'a-t-elle jamais été si vraie, si transparente que dans ce spectacle sans retour. Bien sûr, elle est allée chercher l'appui de sa grande amie Marie-Michèle Desrosiers, qui possède toujours une des plus belles voix de toutes les chanteuses que compte le Québec. En duo pour quelques pièces dont Le doux vent d'été qui a ouvert le spectacle ou Je ferai un jardin qui l'a clos de sublime façon, les deux femmes ont fait preuve d'une jolie complicité, leurs deux voix se mariant admirablement. Marie-Michèle Desrosiers a chanté quelques chansons en solo, le temps pour Clémence de retrouver une énergie que, de la salle, on n'a jamais vue diminuer.

Les deux femmes se sont aussi payé un duo comique fort réussi, ce qui n'était pas évident dans un spectacle où l'humour de Clémence a une fois de plus triomphé. Par sa façon de raconter, ses fréquentes digressions, sa simplicité, elle fait rire d'une façon qui lui reste unique. Elle et Fred Pellerin ont d'ailleurs une indéniable parenté d'humour.

Le temps ne semble pas avoir altéré les textes des monologues, aussi drôles et pertinents aujourd'hui qu'il y a plusieurs décennies. Ce qui fait mal, c'est de constater que les séjours à l'hôpital ou les centres «d'écueils» sont d'aussi justes sujets de rire jaune qu'il y a trente ans. Qui d'autre saura désormais nous montrer la réalité douce-amère avec autant de doigté?

Les chansons de Clémence n'auraient pas été si belles ni si émouvantes sans les arrangements dus au talent du Trifluvien d'origine Steve Normandin qui l'accompagnait au piano et à l'accordéon. Il n'aurait, semble-t-il pu trouver meilleur habillage que l'alto de Jean René et la contrebasse de Blanche Baillargeon.

Tout cela semblait absolument parfait. C'était un spectacle tout simple mais d'une profonde et troublante beauté. Quatre-vingt-dix minutes d'un plaisir que nous serons environ 650 à chérir jusqu'à la fin de nos jours. Nous étions là pour le vrai dernier show de Clémence.

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