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Dans les tranchées de la mort au Musée des religions du monde

Avec l'exposition Tu ne tueras point, Jean-François Royal... (Photo: Stéphane Lessard Le Nouvelliste)

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Avec l'exposition Tu ne tueras point, Jean-François Royal propose à ses visiteurs une immersion dans une tranchée de la Première Guerre mondiale grandeur nature.

Photo: Stéphane Lessard Le Nouvelliste

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François Houde
Le Nouvelliste

(NICOLET) Le Musée des religions du monde de Nicolet est habitué de frapper de gros coups avec ses expositions. Celle qui débute ce vendredi intitulée Tu ne tueras point ne manque certainement pas du panache nécessaire pour être qualifiée de gros coup.

L'exposition est née d'une collaboration du musée nicolétain avec le Musée du Protestantisme de Ferrières, en France, où une première mouture a été montée dans le cadre du centenaire de la Grande Guerre. La nouvelle version est plus vaste, plus dynamique et propose au visiteur de le plonger dans une expérience immersive en proposant une réflexion sur divers aspects entourant le conflit armé.

Il ne s'agit pas, à proprement parler, d'une exposition sur la guerre mais bien sur la paix et son prix démesuré, payé par des êtres faits de chair et de sang. Des êtres qui rêvaient de paix mais qui ont trop souvent été emportés dans un tourbillon supporté par les institutions de l'époque.

La reconstitution grandeur nature d'une tranchée, élément symbolique de cette immense et absurde boucherie, permet au visiteur de partager le quotidien des soldats qui ont croupi dans ces trous pendant des mois. L'expérience est rehaussée par le récit sonore d'un soldat canadien qui raconte son expérience.

Les textes sont véridiques, tirés des lettres qu'il a adressées à ses proches.

L'exposition propose également une réflexion sur le rôle des institutions comme le clergé et sur la façon par laquelle la violence s'est immiscée dans l'espace public comme dans le privé. Finalement, on aborde la question de la paix qui s'est finalement imposée grâce notamment à des initiatives étonnantes.

Nettement plus qu'un divertissement, l'exposition propose une vaste réflexion sur le phénomène même de la guerre, sur ses mécanismes, sur l'humain qui en est autant l'instigateur que la victime. Peu de conflits en symbolisent aussi bien l'absurdité que cette Grande Guerre. La situation internationale actuelle ne cesse de nous rappeler que les conflits armés ne sont pas choses du passé et qu'il y a beaucoup de similitudes entre ceux d'aujourd'hui et celui qui a ravagé l'Europe de 1914 à 1918.

À l'instar des expositions qui l'ont précédée au Musée des religions du monde, Tu ne tueras point démontre l'étendue des possibilités d'un musée qui table sur des budgets limités mais sur de l'enthousiasme et des idées. «C'est une des expositions qui a exigé le plus de temps pour le montage, confiait jeudi le directeur général Jean-François Royal aussi manifestement fatigué par la tâche que fier de son coup. On voulait vraiment donner l'impression aux visiteurs de perdre la notion du temps en entrant dans la tranchée.»

«Sans la collaboration avec les Français, l'exposition aurait été tout autre et moins intéressante. En combinant nos recherches, on a vu à quel point les soldats de différentes nationalités vivaient la même détresse même s'ils ne participaient pas aux mêmes batailles. Comme quoi le désespoir, la crainte, l'inquiétude, ce sont des réactions humaines universelles devant l'horreur.»

Le directeur convient qu'il s'agit d'une de ses expositions les plus fortes. «Après À la vie, à la mort, c'est probablement la plus puissante. L'exposition sur le voile a suscité un gros débat mais peut-être pas une réflexion aussi large que celle-ci. Je pense qu'on va surprendre les gens qui vont venir voir une exposition sur la guerre traditionnelle avec cartes militaires, des armes, des données techniques, etc. On leur parle plutôt des gens qui tenaient les armes, de leur détresse, des raisons pour lesquelles ils se sont engagés et ce qu'ils ont ressenti, etc.»

À qui cette exposition s'adresse t-elle? «On n'a pas clairement ciblé une clientèle. C'est un public large, un public qui aime le sujet militaire dans une perspective large. C'est le genre d'exposition que d'autres musées ne peuvent pas faire parce que ce n'est pas leur mandat. Comme il est question de la conscience, de Dieu, d'une réflexion globale sur la guerre, ça, c'est notre mandat. J'espère que les parents vont amener leurs enfants pas pour le simple divertissement mais pour leur faire prendre conscience du phénomène.»

Bien conscient qu'en ces temps d'austérité, il n'est pas facile de convaincre les gens de consommer de la culture, Jean-François Royal serait heureux que 5000 personnes viennent voir l'exposition qui prendra fin le 7septembre 2016.

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