Un avenir fait de numérique et de papier

André Poirier était étudiant en musique quand son... (Photo: François Gervais Le Nouvelliste)

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André Poirier était étudiant en musique quand son père a réclamé ses services pour un temps, en 1980. Il n'a jamais plus quitté le milieu.

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Linda Corbo
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Le Nouvelliste

André Poirier a matière à célébrer, en cette Journée mondiale du livre et du droit d'auteur. Propriétaire d'une librairie qui a 45 ans cette année, qui a été fondée par son père et qui l'occupe depuis 1980, il peut aussi célébrer une clientèle qui lui a été fidèle et qui, en cette période trouble dans le monde du livre, lui permet d'envisager l'avenir sous des jours heureux.

Pour lui, le numérique a beau séduire, le papier n'a pas dit son dernier mot. «Je pense qu'il va se produire avec le livre papier la même chose qu'il s'est produit lorsque la télévision a été inventée et qu'on annonçait la disparition de la radio. La radio s'est simplement repositionnée», dit-il. «Le livre numérique est appelé à prendre du marché, mais il n'éliminera pas le livre papier. Il y a des genres de lectures pour lesquelles on va toujours tenir au papier.»

Au fil des ans, les grandes surfaces ont grugé du marché. Un bestseller aujourd'hui se vend cinq fois moins que le best-seller de 1980, dit-il. En contrepartie, André Poirier observe au quotidien des clients qui connaissent le personnel et qui tiennent à être servis par tel ou telle libraire.

«Parce qu'ils ont aimé les suggestions qu'on leur a faites, parce qu'il y a une bonne chimie, parfois les deux...» Quant à la lecture, il la considère en très bonne santé. «Je pense que les gens lisent plus qu'ils ne lisaient, et c'est un monde qui appartient principalement aux femmes» remarque-t-il.

Or, elles ont un vaste choix. Peut-être trop. En librairie, le roman a une durée de vie de trois à six mois, après quoi on passe aux titres suivants. «Il y a trop de productions pour la capacité du marché. Il y a des bijoux qui se perdent dans le flot de nouveautés. Un livre va faire un Noël, mais pas deux. Le consommateur est trop sollicité par autre chose.»

C'EST LA FAUTE À ALEXIS KLIMOV

C'est dans le sous-sol de l'ancienne Banque Scotia au centre-ville (aujourd'hui Banque Laurentienne) que la Librairie Poirier a vu le jour en 1970. Son histoire a toutefois débuté à la Tabagie Champoux, propriété de son père Guy, gérée par son oncle Camille. Et c'est Alexis Klimov qui a donné le premier élan. Dans les cours de philosophie qu'il dispensait au Centre d'études universitaires, ce professeur de philosophie n'en finissait plus de recommander de lire des titres que les étudiants ne trouvaient nulle part, les laissant bien embêtés. Or, comme il y avait un petit carrousel de livres à la Tabagie Champoux, les étudiants y convergeaient en assez grand nombre pour que le gérant s'impatiente.

«Mon oncle avait dit aux élèves que leur professeur était inconséquent de ne pas prendre soin de vérifier avant de créer des besoins comme ça. Klimov s'était pointé à la tabagie et ils avaient eu une prise de bec...», sourit André Poirier, ajoutant que les deux hommes sont devenus de grands amis.

C'est ainsi que les Poirier ont commencé à commander les livres recommandés, à fournir les étudiants universitaires, puis ceux du cégep.

«Mon oncle était tellement enthousiaste qu'il a convaincu mon père d'ouvrir une librairie et elle a connu un essor fulgurant.» En 1973, le commerce déménageait rue Royale pour y demeurer jusqu'en mai 2009. Pendant quatre ans, André Poirier a tenu deux succursales, celle du centre-ville et l'actuelle, rue des Récollets, mais le nord de la ville a fini par remporter le pari.

Pendant toutes ces décennies, le libraire a témoigné des hauts et des bas du marché, traversant sa plus grande crise au début des années 80. Crise économique, déclin du centre-ville, changements des habitudes de consommation, il a diversifié l'offre en intégrant à la librairie une bonne part de papeterie, et a traversé les intempéries.

Il faut dire que M. Poirier a développé plusieurs avenues pour tenir le phare, en organisant des colloques avec les bibliothécaires de la région, en fournissant les manuels scolaires à certaines écoles, en développant des foires du livre dans d'autres, et en créant des liens avec les bibliothèques municipales et scolaires. Tenues d'acheter dans des librairies agrées, les bibliothèques ont été cruciales pour la survie de la librairie, considère-t-il. Enfin, depuis 25 ans, on contacte des milliers de clients pour les aviser du grand solde annuel. «Les gens attendent notre appel et leur liste est prête», témoigne l'une des téléphonistes.

Aujourd'hui encore, André Poirier fait les choses à sa manière et va d'ailleurs à l'inverse de la tendance. Alors qu'un peu partout, on ajoute dans les librairies divers objets pour renflouer les coffres, lui se concentre plus que jamais sur le livre seulement. Il développe le livre numérique, avec un nouveau site Internet, et mise bien sûr sur le livre papier, encore et toujours. «On revient au livre seulement, un peu comme si on refermait la boucle.»

Happening culturel à la librairie

L'esprit sera sérieusement à la fête ce jeudi à la Librairie Poirier. En plus de célébrer les 45 ans de ce commerce trifluvien, on y soulignera la Journée mondiale du livre et du droit d'auteur, notamment avec la remise d'une rose à chaque client et avec la tenue d'un 5 à 7 festif destiné à célébrer les mots.

Le tout prendra la forme d'un spectacle-happening animé par Patricia Powers, qui réunira divers artistes appelés à célébrer les mots en chansons, en poésie et en lectures d'extraits de livres. Le public y entendra les auteurs Djemila Benhabib, Patrick Boulanger, Guillaume Morrissette et Pauline Boileau alors que musique et chansons vibreront avec les Fabiola Toupin, Christiane Asselin, Guy Marchamps, Philip Powers, Isabelle Lefebvre et Gilles Hamelin.  

Des rafraîchissement seront offerts gratuitement et les pourboires seront remis à la Société des écrivains de la Mauricie. On profitera par ailleurs de l'occasion pour décerner de nombreux prix, dont deux magnifiques paniers cadeaux.

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