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Mathieu Denis s'est penché sur le tragique destin de Jean Corbo

Pour son second long métrage le réalisateur et... (Photo: La Presse, André Pichette)

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Pour son second long métrage le réalisateur et scénariste Mathieu Denis a choisi de se pencher sur le tragique destin de Jean Corbo, une des victimes oubliées des premières années de vie du FLQ.

Photo: La Presse, André Pichette

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François Houde
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) En posant son regard sur un événement oublié de l'histoire du Québec dans son film Corbo, le réalisateur et scénariste Mathieu Denis fait non seulement revivre un événement historique important, mais il nous plonge dans une époque charnière de notre histoire en l'éclairant sous un jour nouveau.

Il s'est intéressé à l'émergence du FLQ et, plus spécifiquement, au parcours du jeune Jean Corbo qui s'est engagé dans la lutte pour la libération nationale. «J'ai 38 ans: je n'ai pas vécu les événements dont il est question dans le film et qui se sont déroulés en 1966, convient le réalisateur, mais justement, ça me permet d'en donner une perspective autre. Nous vivons dans un monde foncièrement différent de ce qu'il était en 1966 et je crois que l'interprétation qu'on peut faire aujourd'hui des événements autour de la naissance du FLQ peut être pertinente.»

Ses recherches très poussées lui ont permis de se plonger dans l'époque, par les articles des journaux, notamment, et son film, dès les premières images, replace très clairement le contexte social et politique de l'époque. «Les Québécois formaient un peuple opprimé économiquement et ça explique beaucoup des excès qui ont été commis dans un espoir de libération. J'ai eu envie de montrer que ces gestes, les actions menées par le FLQ, n'étaient pas forcément le fait de fous furieux. Un peu partout dans le monde de l'époque, on voyait des idées radicales émerger et des luttes contre l'oppression qui s'organisaient. Oui, elles ont eu des conséquences tragiques mais j'ai voulu ramener les événements à hauteur d'homme en posant un regard critique. Je tenais cependant à laisser aux spectateurs leur liberté de se forger une opinion.»

Ce qui a particulièrement intéressé le scénariste et motivé la réalisation du film, c'est une pertinence que confère au film le point de vue particulier du scénariste. «Jean Corbo n'avait pas le profil type du felquiste mais son engagement résidait dans une crise identitaire qu'il vivait: son père était italien, sa mère, québécoise francophone. Être à demi Italien n'était pas quelque chose de positif et je pense qu'il a voulu se distinguer de son père qui croyait qu'en devenant un notable prospère, il pourrait se faire accepter dans cette société et oublier qu'il avait été emprisonné pendant la guerre pour le seul motif qu'il était d'origine italienne.»

«Jean Corbo se posaient les mêmes questions identitaires que celles que nous nous posons aujourd'hui dans un contexte social différent: qu'est-ce qui fait un Québécois, qu'est-ce qui nous unit? Après deux référendums, on n'a toujours pas trouvé de réponse à cette question qui ressurgit constamment parce que les gens sentent le besoin d'adhérer à un projet collectif.»

Malgré que son scénario s'appuie sur des faits historiques incontestables, le réalisateur n'a jamais considéré l'option de faire un documentaire sur Jean Corbo. «Il est vrai que ma démarche est proche de celle d'un documentariste pour l'aspect exhaustif de la recherche mais j'ai toujours su que je voulais faire un film de fiction parce que j'estime qu'on peut en dire plus à travers la fiction. Jean Corbo n'est pas là pour donner son point de vue: il nous faut en élaborer un et assumer notre subjectivité. Au départ, j'ai voulu me coller très étroitement à la réalité et le scénario faisait un film qui ne disait rien sur rien. J'ai décidé d'y aller dans la subjectivité mais sans jamais aborder la chose de façon frivole parce que ça reste un événement tragique de notre histoire.»

À mes yeux, quelque chose est resté inachevé dans ces événements et je voulais que le film laisse aux spectateurs l'impression que les gestes posés par ces jeunes gens ne l'ont pas été en vain. Il n'y a pas de résignation dans le regard que je porte: on peut changer les choses et on le fait parfois. Seulement, nous avons un drôle de rapport avec notre histoire et j'ai l'impression qu'on ne veut pas trop se souvenir du passé, pour éviter de brasser des idées reçues qui sont confortables.»

À ce titre, on peut dire que les choses ont changé depuis le temps de Jean Corbo.

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