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Loin d'eux-mêmes, loin des autres: une réalité d'une sidérante complexité

Spécialiste en psychiatrie légale, la Dre Marie-Frédérique Allard... (Photo: Stéphane Lessard, Le Nouvelliste)

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Spécialiste en psychiatrie légale, la Dre Marie-Frédérique Allard est venue répondre aux questions du public à la suite de la projection du film Loin d'eux-mêmes, loin des autres à la Maison de la culture de Trois-Rivières, mercredi.

Photo: Stéphane Lessard, Le Nouvelliste

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François Houde
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Si le sort des personnes atteintes de maladie mentale qui ont commis un crime violent a été ramené au coeur de l'actualité au cours des dernières années, bien peu de gens se sont penchés sur le traitement dont ces malades font l'objet.

Le cinéaste John Kastner l'a fait en tournant son documentaire Loin d'eux-mêmes, loin des autres dans un centre médicolégal ontarien et le document a été présenté mercredi à la Maison de la culture dans le cadre des Nouveautés de l'ONF.

Le sujet est certes délicat mais le réalisateur a su faire preuve de doigté pour nous faire partager cette réalité avec réalisme sans pour cela verser dans un sensationnalisme qui aurait entaché la crédibilité de sa démarche. Kastner ne s'attache à défendre aucune thèse même s'il offre un regard plutôt optimiste sur le processus. Parmi les quelques individus qu'il nous fait connaître, il s'en trouve un, Mike, qui se fraye, non sans difficultés, un chemin vers une libération inconditionnelle qui semble prometteuse.

Le film réussit à nous faire partager le difficile quotidien des intervenants en santé mentale tout en nous sensibilisant sans manipulation grossière à la douleur morale que peuvent vivre les patients. On sent le regard vrai, chaleureux mais sans complaisance. On en ressort troublé, forcément.

La soirée de mercredi a été rendue d'autant plus intéressante et pertinente qu'elle impliquait, au terme du visionnement, une discussion avec la psychiatre Marie-Frédérique Allard, spécialiste en psychiatrie légale et psychiatre au CH du Centre-de-la-Mauricie. Tant elle que le film auront contribué à offrir une vision plus juste de la réalité que celle que bien des médias ont véhiculé en marge des retentissants procès qui ont soulevé les questions de la responsabilité criminelle d'accusés de crimes violents et du sort qui leur est réservé.

La réalité, c'est notamment que chez les accusés souffrant de maladie mentale et ayant suivi un traitement qui les a menés vers une libération inconditionnelle, le taux de récidive est infime, inférieur à 1%. C'est aussi que dans moins de 5 % des expertises psychiatriques les psychiatres concluent à une non-responsabilité criminelle et dans les cas des meurtres, c'est moins de 1 %. Par ailleurs, seule une petite minorité de gens souffrant de maladie mentale commettent des actes violents et ils s'en prennent rarement à la population en général.

Marie-Frédérique Allard a aussi témoigné de la difficulté qu'il y a à traiter des personnes atteintes de maladie mentale, une maladie qui touche tous les aspect de la vie des personnes atteintes, d'où la nécessité d'une très vaste gamme de spécialités différentes travaillant en coordination les unes avec les autres.

Le film a d'ailleurs habilement mis en relief la très grande difficulté pour Mike, un patient schizophrène en voie de réhabilitation, de vivre normalement avec le poids de la culpabilité ressentie suite au meurtre qu'il a commis lors d'un épisode psychotique. Le patient avait tué sa propre mère et sa libération impliquait un contact régulier avec les autres membres de sa famille et avec la douleur atroce qu'il leur avait causé. Et ce, malgré leur pardon apparemment sincère. Parmi les choses qu'on retient du film comme de la discussion qui s'en est suivie, c'est l'extrême complexité du traitement de la maladie mentale et de l'énorme écueil que constituent les conclusions hâtives et les préjugés si souvent véhiculés. Sans parler de la difficulté de conjuguer les exigences du système judiciaire avec celles de la médecine.

Il n'y a pas plus de solution miracle que de monde ou d'individus parfaits.

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