Un morceau de bois comme antidote à l'horreur

Depuis qu'il a pris sa retraite, Émile Savard... (Photo: Sylvain Mayer, Le Nouvelliste)

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Depuis qu'il a pris sa retraite, Émile Savard s'adonne à la sculpture du bois. Les émotions profondes suscitées par les événements du Charlie Hebdo lui ont inspiré deux oeuvres.

Photo: Sylvain Mayer, Le Nouvelliste

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François Houde
Le Nouvelliste

(Shawinigan) Émile Simard ne se considère pas comme un artiste à part entière, mais plutôt comme un «gosseux». Il transforme pourtant en oeuvres d'art des morceaux de bois ramassés dans les bois qui entourent sa demeure sur les rives du lac Bellemare à Saint-Mathieu-du-Parc.

Habituellement, et depuis sept ans qu'il s'adonne à cette passion, ce sont les morceaux de bois, par leurs formes, qui s'imposent au créateur et qui décident de leur destin artistique. «La nature réalise des oeuvres d'art extraordinaires par elle-même», plaide l'artiste dilettante.

Par contre, ces derniers jours, des événements ont changé l'approche d'Émile Simard. À la suite du massacre du Charlie Hebdo, il a créé deux oeuvres inspirées par les terribles événements. Toujours en bois, les deux oeuvres représentent le crayon qui, dans plusieurs caricatures, en est venu à symboliser la liberté d'expression. Dans la première des deux, le sculpteur a remplacé le bout avec la gomme à effacer par la crosse d'une arme d'épaule alors que la seconde apparaît comme un crayon posé sur un socle de bois formé par le morceau de coin d'un cercueil.

«Ce sont des événements qui m'ont beaucoup touché et j'ai senti la nécessité de les rappeler par un objet, quelque chose qui ait une certaine durée dans le temps, explique-t-il. La réflexion qu'ont suscitée les événements du Charlie Hebdo m'a profondément interpellé. Je ne peux accepter l'autoritarisme. Je conçois très bien qu'on puisse exprimer des opinions différentes de celles d'autres gens mais pas qu'on impose son opinion aux autres. D'autant que le rire, comme le pratique le Charlie Hebdo, est un antidote au totalitarisme: c'est pourquoi le symbole de cet attentat est si puissant.»

«Créer une oeuvre m'a permis d'arriver à m'exprimer personnellement tout en laissant un message à la collectivité. Énormément de choses ont été dites sur ces événements mais cette oeuvre est l'expression de ce que je ressens profondément et intimement.» Les deux sculptures, les 347e et 348e réalisées par l'artiste, ont été faites le plus simplement du monde, à la main, avec un couteau de type exacto et une râpe à bois.

L'homme de 70 ans, très bientôt 71, est particulièrement heureux d'avoir pu ajouter à l'immense débat, sa propre pierre, modeste mais significative.

«J'avoue que je crains la récupération qui peut être faite des événements. Je crains les préjugés, les généralisations. Il faut éviter les dérives. En m'exprimant simplement à travers la création d'un objet, j'ai trouvé une façon de donner mon opinion et ma façon de voir les choses sans attaquer qui que ce soit. Si plus de gens le faisaient, il y a peut-être bien des frustrations qui pourraient s'exprimer sans risque de dérapage.»

«Je suis content de faire connaître les oeuvres parce que malgré leur côté très imparfait, peut-être que des gens vont quand même se reconnaître dans les oeuvres et se sentir interpellés. Si je ne les avais partagées qu'avec une seule autre personne, j'aurais déjà été satisfait; si je peux le faire avec beaucoup de monde, c'est encore mieux.»

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