Le texte pour le texte

En ayant recours à la collaboration que de... (Photo: Sylvain Mayer Le Nouvelliste)

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En ayant recours à la collaboration que de quelques artistes de la région dont Pascal Blanchet dont on voit l'oeuvre en arrière-plan, Sébastien Dulude a donné une matière unique à l'exposition qu'il offre au Centre d'exposition Raymond-Lasnier de la Maison de la culture.

Photo: Sylvain Mayer Le Nouvelliste

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François Houde
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Une exposition ayant la typographie comme axe central peut certainement être considérée comme atypique mais EXPOTYPO: l'ABC des arts du texte n'est pas bien longue à nous convaincre de sa pertinence. L'exposition a été confiée à Sébastien Dulude qui poursuit des recherches universitaires sur les rapports entre le texte et ses formes matérielles.

Anecdotique, la forme d'un texte? C'est peut-être ce que vous croirez avant de franchir la porte du Centre d'exposition Raymond-Lasnier mais je vous souhaite d'avoir changé d'avis au moment d'en sortir. Le pouvoir de la forme est ici révélé dans une démonstration subtile mais fort efficace. Sébastien Dulude a le mérite de ne pas imposer son message mais de suggérer des pistes de réflexion que je n'hésite pas à qualifier de fascinantes.

Notamment parce que sa réflexion nous concerne tous personnellement dans la mesure où nous sommes tous quotidiennement bombardés de messages sous forme de textes écrits et ce, sans même qu'on s'en rende compte. Combien de textes, parfois de simples mots, d'origines différentes avez-vous lu depuis le début de la journée entre votre téléphone intelligent, le journal, les affiches publicitaires, les enseignes de commerces, les indications du tableau de bord de votre voiture? Tellement plus que vous ne le croyez et une bonne part d'entre eux ont fait leur chemin vers votre cerveau sans même votre consentement éclairé. Le texte est partout, encore et toujours, technologie numérique ou pas.

Or, le texte n'arrive jamais seul, toujours accompagné d'acolytes d'autant plus redoutables qu'ils sont discrets: sa forme, son support, sa typographie. Ils ont tous un effet sur le récepteur avant même que celui-ci ait décodé le sens des mots. Ils sont le sens avant le sens, celui qui, à bien des égards, détermine l'étape suivante puisqu'il conditionne le cerveau.

«Avant même de signifier, les caractères typographiques expriment: une émotion, un ton, une humeur, dit Sébastien Dulude dans les textes qui accompagnent l'exposition. Aussi transparente soit-elle, la typographie constitue un filtre sensible à travers lequel toute communication écrite se produit.» Ne manquez surtout pas de lire ces textes très révélateurs, les murs lors de votre visite.

Cela dit, Dulude se refuse à matraquer un message ou à échafauder de tonitruantes démonstrations. Il a l'élégance de se contenter de la suggestion et pour cela, il a privilégié l'art, en demandant à quelques artistes locaux de fort calibre des oeuvres qui viennent étoffer l'exposition son exposition. Il croit dans l'art, peut-être le moyen de communication le plus achevé que l'on connaisse, finalement. Le tout est ludique, intelligent, inspiré et, malgré les premières impressions, cohérent.

«Le mandat était de présenter des pratiques artistiques qui incluaient du texte. Après, j'ai creusé pour trouver un équilibre entre de la typographie, du design graphique, des artistes qui incluent le texte dans leurs oeuvres et d'autres dont le lien avec le texte est plus détourné, de confier le commissaire. C'est l'idée derrière l'expo qui les réunit: le fait de porter attention au langage écrit. Je me suis aperçu en cours de route à quel point on est confronté au texte écrit: probablement qu'on lit plus aujourd'hui en une journée que pendant une vie entière il y a cent ans. Ça pose ultimement la question à savoir qui contrôle ce message-là et comment le reçoit-on? C'est une critique assez importante de notre mode de vie même si on dit souvent qu'on est dans une société d'image. On est constamment en train de se faire dire des choses.»

L'exposition débute avant que le public entre dans la salle. Avant même qu'il ne pénètre dans l'édifice de la Maison de la culture puisqu'un panneau jaune a été installé à l'extérieur. Un panneau comme on en retrouve fréquemment le long des routes de campagne pour annoncer des produits à vendre. «J'aime l'idée du détournement, explique Dulude. Le seul panneau suggère d'emblée quelque chose. Moi, je m'en sers pour y inscrire un poème. Ça jure dans l'esprit des gens qui le regardent plus ou moins distraitement. Déjà là, ça induit une prise de conscience de l'impact de la forme.»

«Je reste dans une position exclusivement esthétique en n'abordant pas la question sous l'aspect moral. Je laisse ça davantage aux artistes à l'intérieur de l'expo.»

EXPOTYPO: l'ABC des arts du texte est présentée jusqu'au 8 mars prochain.

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