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Théâtre des Gens de la place: l'expérience sert bien Les Voisins 2.0

Les comédiens Martin Bergeron et Éveline Charland font... (Photo: Stéphane Lessard, Le Nouvelliste)

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Les comédiens Martin Bergeron et Éveline Charland font partie de la distribution de la pièce Les Voisins, présentée par le Théâtre des gens de la place.

Photo: Stéphane Lessard, Le Nouvelliste

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Linda Corbo
Linda Corbo
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) L'idée du Théâtre des Gens de la place est bien agréable. Reprendre la pièce Les Voisins à quelques semaines des partys de familles, d'amis et de bureaux où se multiplieront les conversations les plus diverses a de quoi faire sourire.

Encore fallait-il parvenir à jongler efficacement avec cette comédie qui se déploie en un festival de phrases creuses et de répliques absurdes, un exercice qui est loin d'être aussi anodin qu'il peut en avoir l'air, bien au contraire.

Si le TGP y parvient si bien, ces jours-ci sur les planches de la salle Anaïs-Allard-Rousseau de la Maison de la culture, c'est d'abord et avant tout en raison du choix éclairé de la distribution.

Pour donner vie à cet univers signé Claude Meunier et Louis Saïa, les cometteures en scène Dominique Blais et Éveline Charland ont misé sur des comédiens qui cumulent une longue expérience au sein de la troupe, des gens qui savent ici valser avec les nuances et les silences pour adopter le ton qui se doit et créer les malaises nécessaires.

Pour ceux qui ne connaissent pas la trame, il faut savoir que le public est invité à entrer dans l'univers de trois couples de voisins qui ont pour dénominateur commun un mode de communication résolument handicapée. Au moment où on les découvre, ils s'apprêtent à se réunir autour d'une banale soirée de diapositives.

Pendant près de deux heures, à travers ces six adultes et leurs deux rejetons, le public est appelé à savourer un texte suave truffé de phrases qui tombent à plat, de raisonnements insignifiants, de répliques incongrues ou de blagues anodines qui provoquent, au passage, quelques cascades de rires exagérés chez les autres personnages.

Aux premiers rangs, François Laneuville et Cindy Rousseau se démarquent, le premier avec un jeu minimaliste redoutable et la seconde avec une délicieuse démesure, alors qu'Éveline Charland compose une dépressive drôlement perdue, prouvant du coup qu'une absence de la scène pendant neuf ans peut ne causer aucun dégât.

En fait, l'ensemble de la distribution est à la hauteur de la commande, incluant les deux jeunes de la relève, Gabriel Godbout et Myriam Lortie, qui parviennent à tirer leur épingle du jeu, un défi à côté de ces doyens de la scène.

C'est donc beaucoup grâce au travail des comédiens si la soirée est aussi réussie. Cela dit, avec ces pointures, il est aussi facile de présumer que la même invitation aurait pu tourner en un terrible délire si on avait choisi de jouer la farce dans ses aspects côtés les plus absurdes et dans ses couleurs les plus vives.

C'est que pour contrer les 34 ans bien sonnés de cette pièce, les deux metteures en scène ont décidé de lui donner une allure plus contemporaine en éludant de leur production tout l'aspect plus caricatural et coloré que l'on a connus dans le passé.

Pour cette version 2.0 des Voisins, on a éliminé le côté kitsch des décors pour lui substituer une scénographie minimaliste, on a abdiqué le côté farfelu des vêtements de mauvais goût pour présenter des personnages tous de blanc vêtus, en harmonie avec les accessoires d'ailleurs, et on a mis le frein sur tous les aspects amplifiés qui se collent souvent à l'univers absurde.

L'idée se défend tout à fait, mais devant le résultat présenté sur scène, on s'aperçoit que ce choix apporte aussi un inconvénient, celui de diluer le potentiel comique et le profil satirique de l'univers absurde qui se veut justement une rupture avec le réalisme, qui se sert de l'exagération et qui se balance de tout classicisme.

Qu'à cela ne tienne, la production est tout de même très agréable. À défaut de provoquer les grands éclats de rire, elle se consomme avec un large sourire pendant deux heures chez ceux qui la connaissent déjà, et saura certainement conquérir ceux qui la découvriront.

Le jeu est de beau calibre, le rythme est parfait, la scénographie est quand même bien pensée pour matérialiser efficacement l'univers de ces Voisins et les trouvailles sont nombreuses pour mettre en valeur la personnalité singulière de chaque personnage et ce, jusque dans leur gestuelle et leur interaction pathétique.

C'est à voir jeudi, vendredi et samedi prochains en soirée.

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