Perro conteur aussi a un avenir

Accompagné du musicien Michel Bordeleau, Bryan Perro a... (Photo: Sylvain Mayer, Le Nouvelliste)

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Accompagné du musicien Michel Bordeleau, Bryan Perro a renoué avec la scène et la narration de ses contes vendredi soir, à la Maison de la culture Francis-Brisson.

Photo: Sylvain Mayer, Le Nouvelliste

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François Houde
Le Nouvelliste

(Shawinigan) Il y avait dans l'air comme une familiarité vendredi soir à la Maison de la culture Francis-Brisson qui accueillait Contes cornus, légendes fourchues le nouveau spectacle de contes du p'tit gars de la place, Bryan Perro, qui revenait à la maison et à ses premières amours de conteur sur scène devant une cinquantaine de spectateurs.

Une familiarité accentuée par l'aisance de Perro, à sa place sur la scène comme le poisson l'est dans l'eau. Et ce, même si son spectacle est présenté dans une formule duo en compagnie de Michel Bordeleau qui ne se contente pas d'assurer des transitions ou même un accompagnement musical, mais qui est un élément actif dans les narrations. L'apport de Bordeleau est une trouvaille qui apporte une heureuse singularité à ce spectacle bâti sur la plus simple recette du monde: un homme, son micro et des histoires.

Les contes de Bryan Perro sont bien ancrés dans la tradition régionale et trouvaient dans le public de vendredi une résonance bien différente que dans les oreilles des publics de la Côte Nord ou du Bas-Saint-Laurent à qui ils avaient été présentés jusqu'ici ou encore des publics étudiants.

Bien sûr, l'homme en question a son style. Dans son entrée en matière, alors qu'il parlait de son grand-père, venu de La Tuque, il a fait référence à un ami de son aïeul, un monsieur Leclerc, Félix, de son prénom. «Il y a des publics de jeunes qui ne savent pas qui il est, de commenter le conteur. Je leur dis que c'était comme une sorte de Marie-Mai mais avec quelque chose à dire.»

Il y a là quelque chose qui cerne l'approche de Bryan Perro: l'humour n'est jamais bien loin, prêt à surgir à tout moment et ses contes, puisés dans le répertoire traditionnel, ne sont pas clairement fixés, ni dans le temps, ni dans l'espace, ni même dans l'imaginaire. Perro les situe en Mauricie, certes, et a semblé prendre plaisir à les localiser plus précisément devant un public complice vendredi, mais il leur donne une universalité qui les exempte d'un lieu de naissance.

Le narrateur n'a pas été radin de digressions, d'anachronismes, de commentaires, d'allusions à l'actualité. Il a pris ces libertés avec l'évidente approbation d'un public qui ne demandait que ça. Le genre étant ce qu'il est, il s'enrichit de tout.

Ainsi, en seconde partie, pour son conte sur la mort, Perro était à expliquer que chaque fois qu'il raconte cette histoire, des gens meurent le lendemain. C'est le moment précis qu'a choisi la pile de son micro pour... mourir! Ça a plu au public, d'autant qu'au lieu d'atténuer l'efficacité de sa narration, ça l'a décuplée. De toute façon, Perro s'amuse ferme avec la forme et orne volontiers sa narration d'une sympathique ironie.

Il reste que c'est la complicité créée avec le multi-instrumentiste Michel Bordeleau qui est la meilleure trouvaille de Contes cornus, légendes fourchues. La musique ne se contente pas de faire tampon entre les histoires, elle participe à la narration. Des effets sonores viennent marquer des points, souligner une émotion, relancer le conteur. Des thèmes musicaux viennent aussi, pas trop souvent, donner de la texture à un passage comme les quelques notes de l'Adagio pour cordes opus 11 de Samuel Barber pour accueillir la mort.

On a seulement regretté le traitement réservé au si beau thème des Belles histoires des Pays d'en haut (L'automne tiré des Saisons de Glazounov) où le violoniste était malheureusement faux en apposition sur une bande enregistrée. Par contre, l'apport de Bordeleau a été trop précieux dans le spectacle pour qu'on lui en tienne rigueur.

Avec ce retour sur scène, Bryan Perro redonne un coup de jeune à des contes traditionnels en leur donnant de l'esprit, de l'humour et une originalité intéressante. Il refait la preuve que le conte est un art de la scène à part entière et il a sans aucun doute le matériel et la manière pour que ses contes se promènent à travers la province dans les mois qui viennent.

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