Le personnage dont on ne peut se passer

L'humoriste Réal Béland est parfois perçu comme une... (Photo: Émilie O'Connor Le Nouvelliste)

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L'humoriste Réal Béland est parfois perçu comme une sorte d'extraterrestre dans le paysage humoristique québécois. Pourtant, en misant sur son personnage de Monsieur Latreille sur son plus récent album, il reprend à sa façon un des plus vieux numéros en humour: les appels téléphoniques improvisés avec des inconnus.

Photo: Émilie O'Connor Le Nouvelliste

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François Houde
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Qui dit Réal Béland dit Henri Latreille. Le personnage que l'humoriste a créé a à ce point marqué l'imaginaire collectif qu'il est indissociable de son créateur. Certains pourraient le porter comme un fardeau, pas lui. Au point qu'il vient de sortir un nouvel album réunissant onze de ses meilleurs numéros de Monsieur Latreille enregistrés en spectacles. L'album s'intitule Monsieur Latreille en rappel puisque Béland avait réalisé un autre album du même genre il y a quelques années.

Pour ceux qui ne le sauraient pas, Monsieur Latreille est un personnage qui appelle des inconnus au téléphone. Lors de ses spectacles sur scène, Béland reçoit par texto des informations succinctes sur des personnes que des membres du public veulent mettre sur la sellette. Monsieur Latreille en appelle un ou deux en direct, en seconde partie du spectacle. Dès lors, c'est un délicat numéro dans lequel l'humoriste est en équilibre précaire pendant que ses interlocuteurs tentent de découvrir qui il est.

«Pour moi, c'est de l'anti-insolence d'un téléphone, invoque l'humoriste, parce que je ne m'appuie pas sur des gags préparés à l'avance. Je pars d'une vague information et je deviens le straight man des gens au bout du fil: ce sont eux qui m'entraînent où ils veulent et pas moi qui dirige la conversation. Je suis plus surpris et déstabilisé que les interlocuteurs mais en plus, comme je suis sur scène, je dois nourrir une interaction comique avec le public dans la salle. J'adore la spontanéité que ça crée.»

«Ça exige d'être complètement à l'écoute et de ne pas avoir peur de plonger dans l'espace que les gens ouvrent. Heureusement, après 1500 appels du genre, je possède mon personnage. Par contre, je cherche toujours à aller dans des zones nouvelles.»

Béland peut recevoir environ 200 propositions de gens à appeler sur son téléphone intelligent pour une salle de 1000 personnes. «Le maximum, qu'on a atteint, c'est 400!», s'étonne-t-il encore. Il choisit instinctivement ses interlocuteurs. «J'aime essayer de sujets jamais explorés mais je sens les avenues intéressantes. Je sais que si quelqu'un aime fureter sur Internet, c'est probablement quelqu'un de curieux, d'ouvert et que les avenues vont être nombreuses lors de l'appel.»

Pour l'album, il a réécouté une soixantaine de ces numéros enregistrés. «Je me suis efforcé d'être neutre; j'ai écouté en souhaitant être surpris. Je ne voulais pas reprendre des thèmes exploités dans le premier album.»

Béland refuse aussi de jouer sur le malaise. «Je suis très peu tolérant au malaise. Il faut pousser la conversation aussi loin que possible dans l'inconnu en évitant le malaise. Pour ça, dans le numéro, il faut que ce soit moi qui soit la victime, pas l'interlocuteur.»

En cette ère de numérisation du contenu audio, l'humoriste est parfaitement conscient qu'il ne fera pas fortune avec pareil produit. L'impression initiale est de 3000 copies gravées mais la majorité des consommateurs vont télécharger l'album sur iTunes. «Je le fais parce que j'aime toucher à tout dans l'humour. Je produis des publicités, je fais de la mise en scène, j'écris, je fais des spectacles mais je serais incapable de me limiter à faire de la scène: je m'ennuierais. Dans ce cas-ci, il valait la peine d'avoir certains numéros gravés sur un album: il y a une magie unique qui se produit quand le numéro fonctionne bien.»

«Et puis, moi, je suis un auditif. Je me souviens des albums des Cyniques que j'écoutais quand j'étais petit: je n'ai jamais perdu le goût de ça. Comme j'ai encore le goût de faire Monsieur Latreille en spectacle après 15 ans. Je suis comme un chanteur qui reprendrait son plus grand succès à tous les spectacles mais qui ne chanterais jamais le même refrain d'une fois à l'autre.»

L'album est disponible en magasins, mais aussi sur différentes plates-formes de téléchargement. Par ailleurs, Réal Béland présentera une supplémentaire de son spectacle Une autre planète le 23 janvier 2015 à la salle Thompson.

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