Bouleversant moment de théâtre

L'intense confrontation entre Marc Béland, à gauche, en... (Photo: François Gervais Le Nouvelliste)

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L'intense confrontation entre Marc Béland, à gauche, en inspecteur de police excédé et Benoît McGinnis en prévenu dans une affaire de meurtre dans Being at home with Claude offre de très beaux moments que quelque 650 amateurs ont pu goûter mardi soir à la salle Thompson.

Photo: François Gervais Le Nouvelliste

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François Houde
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) On était quelque 650 réunis à la salle Thompson comme à une messe pour assister à une consécration de deux grands comédiens portant avec une rare intensité un grand texte. Le genre de soirée qu'on n'oublie pas. Chacun de nous reparlera de cette représentation de Being at Home with Claude peut-être pas très souvent, mais jamais avec indifférence.

La pièce date de 30 ans et son action se déroule dix-sept ans plus tôt. À Montréal, au moment de l'Expo 67. Mais comme la pièce est un grand cri d'amour, elle ne peut prendre de ride. C'est même foncièrement le sujet sur lequel elle porte: l'amour, vrai, éternel, incandescent, en-dehors du temps. Étranger au temps comme aux moeurs. L'amour, l'absolu.

À côté de ce texte très puissant de René-Daniel Dubois, les autres considérations cèdent volontiers le pas. Le metteur en scène Frédéric Blanchette a choisi le décor complexe mais convenu d'un bureau de palais de justice classique comme arène pour la confrontation de ses deux fauves. Marc Béland incarne un inspecteur et Benoît McGinnis, un prévenu, inculpé d'un meurtre qu'il a bel et bien avoué mais en refusant de donner plus de détails. Ça fait 36 heures qu'ils sont dans la salle et l'inspecteur doit comprendre ce qui s'est passé. Le corps de la victime a été retrouvé dans son appartement, là où le prévenu avait dit qu'il se trouvait et ses empreintes y sont partout.

Mais pourquoi a-t-il commis ce meurtre?

Les deux protagonistes sont exténués, à bout de nerfs. Les 90 minutes de la pièce sont consacrées à la fin de cet interminable interrogatoire, que l'inspecteur, un teigneux, ne peut se permettre de quitter sans avoir tout compris. Il y arrivera, en même temps que nous, les spectateurs, au terme d'un affrontement mené admirablement par Marc Béland.

Superbe, Marc Béland. Transformé physiquement pour devenir totalement non seulement un inspecteur mais un inspecteur des années 60. Carré, agressif, habile mais un peu dépassé par l'obstination, plus grande que la sienne, du jeune homme, un petit prostitué homosexuel plutôt lamentable. Comme c'est l'inspecteur qui attaque tout au long de la pièce, c'est davantage son interprète qu'on remarque, lui qui impressionne pendant, ma foi, les trois premiers quarts de la pièce. Puis, dans une longue et très poignante tirade qui clôt l'affrontement, Benoît McGinnis reprend sur lui tout le poids de ce qui a été bâti pendant l'heure et quelque précédente pour amener la pièce à un autre niveau dans un extraordinaire texte d'amour.

Là, McGinnis a absolument brillé. Abandonné à son intention, porté par le texte sans pour cela perdre les subtilités de la gestuelle de son personnage; la posture, les petits mouvements des mains, des épaules, les regards. Un fort moment de théâtre dans lequel on se demande si c'est le texte ou le comédien qui nous bouleverse le plus. J'ai personnellement fini par pencher pour les mots qui forment une renversante et bouleversante autopsie de l'amour fou. Animal, cru et infiniment sophistiqué. Magnifique.

Cela dit, j'avais déjà vu la pièce, il y a plusieurs années, et vu le film, également, mais jamais le texte ne m'a autant atteint. McGinnis doit forcément y être pour quelque chose.

D'accord, les quelques notes de musique apparues d'on ne sait où pour accompagner cette longue tirade étaient peut-être, probablement, superflues. Pourquoi appuyer ainsi aussi puissante envolée surtout quand elle est rendue avec ce degré de vérité? Toute la pièce nous entraîne fort habilement là, pourquoi insister?

La toute dernière scène, assez courte, apparaît comme une étonnante prouesse technique mais est-elle nécessaire? Ajoute-t-elle quoi que ce soit à ce qui nous a déjà, à ce moment, retourné les tripes? Je ne penserais pas mais pour être honnête, je m'en fous. Ce n'est pas ça qui va ternir ni ajouter à l'émotion vécue. L'analyse même me paraît, au moment d'écrire ce texte, un peu oiseuse.

Sachez que la pièce, sera présentée à la Maison des arts Desjardins de Drummondville jeudi soir. Je vous souhaite qu'il reste des billets.

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