Midsummer: mise en scène enjouée, regard grinçant

Isabelle Blais et Pierre-Luc Brillant forment un couple... (Photo: Émilie O'Connor, Le Nouvelliste)

Agrandir

Isabelle Blais et Pierre-Luc Brillant forment un couple d'interprètes particulièrement bien assorti dans la comédie romantique Midsummer.

Photo: Émilie O'Connor, Le Nouvelliste

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
François Houde
Le Nouvelliste

(Shawinigan) Il faisait bon retrouver Isabelle Blais au théâtre vendredi soir à la salle Philippe-Filion du Centre des arts de Shawinigan où on présentait Midsummer. Une pièce et neuf chansons, une production du Théâtre de la Manufacture en tournée.

Plus fidèle à l'écran, petit comme gros, au cours des dernières années, on avait l'impression de redécouvrir l'indéniable et rafraîchissant talent de cette Trifluvienne d'origine. Elle partageait la scène avec le non moins talentueux Pierre-Luc Brillant dans une production assez réjouissante qui mettait peut-être davantage son talent à elle en évidence.

Midsummer est une comédie dramatique qui met en scène Bob et Helena, tous deux âgés de 35 ans, qui se croisent à Édimbourg au moment du solstice d'été. Deux personnages seuls, désabusés, traînant lourdement leur cynisme dans un bar. Deux qu'une aventure d'un soir rapprochera, de peine et de misère. Parce que ni l'un ni l'autre n'a vraiment le courage de se lancer dans une aventure, une vraie, une longue, une d'amour. Ou, enfin, ce qui peut en tenir lieu.

Après une première nuit, ils se disent adieu, mais se revoient par hasard, au détour de leurs petites misères. Il s'avère que lui a en main les 15 000 $ comptant de la vente d'une voiture volée dont il s'est chargé pour un petit malfrat. C'est son métier. Elle vient de gâcher le mariage de sa soeur et a envie de tout oublier. Ils décident de dépenser tout l'argent en une nuit de délirante débauche qui servira aussi de tremplin vers une nouvelle approche de la vie. Comme quoi il n'est jamais trop tard.

La pièce, qu'on doit à David Greig et Gordon McIntyre dans une très bonne traduction d'Olivier Choinière, est aussi ambivalente que les deux personnages. Elle propose, sur un ton sympathique et guilleret un regard assurément grinçant sur des êtres à la dérive, revenus de tout.

Des perdants si handicapés qu'on n'arrive pas à croire qu'ils aient, au fond d'eux, une vraie place pour l'amour. Ça ne tient pas à leur situation ni à leur statut social, mais à leur être. Il y a, en eux, si peu de candeur que je n'avais personnellement même pas le désir de les voir unis au terme de nombreux détours. Et ce n'est pas que les deux interprètes manquent de charme, bien au contraire.

Heureusement, la mise en scène est résolument enjouée, très rythmée, ponctuée de charmants clins d'oeil. La narration est dynamique, astucieuse; je dirais même irrésistible. Ce qui ne gâte rien, la narration est entrecoupée de neuf chansons interprétées à la guitare et chantées par les deux comédiens, avec un talent qui ne surprend pas; on connaît leur antécédents à tous deux.

Les chansons sont simples, plutôt bien tournées et s'intègrent impeccablement à la pièce. Les deux comédiens chantent avec un naturel et une simplicité qui rend charmante l'imperfection qui colle tout à fait à leurs personnages.

C'est malgré tout la pétulance de la mise en scène qui me reste le plus en mémoire. Elle connaît son apogée dans la savoureuse description d'une scène de poursuite et de bagarre entre malfrats par le biais d'ombres chinoises passablement déjantées. J'aurais souhaité être interpellé au même titre par les personnages et leur destin que je l'ai été par la façon qu'on a trouvé pour raconter leur histoire. Ils ne m'ont pas touché, voilà tout.

Sans verser dans le romantisme, le cynisme des auteurs qui s'exprime dans le regard terriblement dépité posé sur ces trentenaires aurait pu laisser plus de place pour une certaine lumière, une intime disposition au bonheur qu'on ne sent pas. Le seul moment où Bob et Helena connaissent du plaisir, c'est quand ils se défoncent aux alcools fins lors de leur virée déjantée dans la nuit écossaise. C'est un peu triste.

Cela dit, Midsummer m'a fait rigoler, et c'est bien parce que j'ai bien aimé cette soirée au théâtre que je regrette qu'elle ne m'ait pas totalement convaincu. Le petit sondage maison réalisé à la sortie de la salle indiquait que le public avait, en très grande majorité, bien aimé la pièce, ce qui ne surprend pas. Elle sera présentée le 9 décembre à la salle J.-A.-Thompson de Trois-Rivières.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer