La culture russe redécouverte à l'OSTR

Le pianiste invité Serhiy Salov a été chaudement... (Photo: François Gervais, Le Nouvelliste)

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Le pianiste invité Serhiy Salov a été chaudement applaudi après son interprétation de la Rhapsodie sur un thème de Paganini de Rachmaninov avec l'OSTR samedi.

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Marie-Josée Montminy
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) L'histoire parfois sombre de la Russie et son contexte géopolitique souvent tendu peuvent éclipser la richesse de son patrimoine culturel. Samedi à la salle J.-Antonio-Thompson, l'Orchestre symphonique de Trois-Rivières et son soliste invité, le pianiste Serhiy Salov, ont exposé la brillance de cette culture potentiellement occultée par les cicatrices historiques et les dissensions contemporaines.

Intitulé Romantisme russe, le programme de samedi rendait hommage à ce répertoire, avec en ouverture les Danses polovtsiennes tirées du Prince Igor d'Alexandre Borodine, la Rhapsodie sur un thème de Paganini de Sergueï Rachmaninov et la suite symphonique Shéhérazade de Nikolai Rimski-Korsakov. L'histoire et le destin de ces trois compositeurs illustrent chacun à leur façon un pan de l'histoire russe, et leur oeuvre témoigne du côté dramatique et parfois excessif de la grande école musicale russe.

Borodine est né en 1833 et décédé en 1887 à Saint-Pétersbourg à l'époque des tsars. Reçu docteur en médecine en 1858, il a parallèlement développé son talent de compositeur. Avec les musiciens romantiques Balakirev, Cui, Moussorgski et Rimski-Korsakov, Borodine a fait partie du Groupe des cinq, qui privilégiait une musique nationale russe, un genre de renouveau qui inclurait les traditions russes. Les Danses polovtsiennes s'inscrivent dans cette idée, puisqu'elles s'inspirent de mélodies folkloriques des nomades de l'est du pays au XIIe siècle.

Quant à Rachmaninov, il naquit en 1873 et vécut les révolutions russes, la Première Guerre mondiale et une partie de la Seconde. Décédé à Beverly Hills en 1943, il avait quitté son pays lors de la Révolution de 1917. Sa musique fut bannie dans son pays d'origine entre 1931 et 1934 en réaction à des opinions qu'il avait exprimées vis-à-vis le régime. Son oeuvre porte en elle ce mélange d'influences slaves et occidentales, et la Rhapsodie sur un thème de Paganini, créée en 1934 aux États-Unis, en demeure un exemple éloquent.

Serhiy Salov en a livré une interprétation tout à fait à la hauteur de ce à quoi on pouvait s'attendre après avoir assisté à son éblouissante exécution du 3e concerto de Rachmaninov avec l'OSTR en octobre 2012. Le pianiste a une fois encore séduit le public par son incroyable virtuosité, incarnée par une pure maîtrise de la technique et une sensibilité sobre et toujours juste.

L'assistance a livré une chaleureuse et longue ovation à cet invité qui s'était aussi prêté avec grâce à une intéressante entrevue lors de la causerie pré-concert. L'animateur Francis Dubé avait entre autres sollicité ses commentaires sur les troubles qui affligent sa ville natale, Donetsk en Ukraine, une ancienne république soviétique.

En deuxième partie de concert, le chef Jacques Lacombe a dirigé la suite Shéhérazade de Rimski-Korsakov qui lui, vécut de 1844 à 1908 et fut officier de marine en plus de musicien, compositeur et professeur au conservatoire de Saint-Pétersbourg. En tant que membre du Groupe des cinq et ami de Borodine, il avait lui aussi ce souci d'intégrer des accents de folklore à sa musique. Mais c'est avec l'exotisme des intonations moyen-orientales qu'il a teinté Shéhérazade, son oeuvre basée sur les Contes des mille et une nuits.

La violon solo de l'OSTR, Marie-Josée Arpin, a livré avec subtilité et délicatesse le thème principal associé au personnage de Shéhérazade, excellant particulièrement dans les passages très aigus imaginés par Rimski-Korsakov. Les autres instrumentistes solo de l'OSTR ont également fait valoir leur talent lors des nombreux solos mettant successivement en valeur les instruments des différentes sections dans cette oeuvre remarquablement orchestrée.

Le concert de samedi clôturait une série d'activités en lien avec la thématique russe. Deux conférences, une exposition et un cocktail dinatoire, tous à teneur russe, ont été organisés par l'OSTR pour explorer la culture de ce pays. La causerie préconcert a aussi permis d'en découvrir davantage la violoniste de l'OSTR Natalia Kononova, originaire de Saint-Pétersbourg.

Enfin, notons que le directeur artistique et chef de l'OSTR Jacques Lacombe a profité de la tribune de cette causerie pour rassurer le public de l'orchestre de sa ville natale. Le chef a récemment annoncé qu'il ne renouvellerait pas le contrat le liant au New Jersey Symphony Orchestra en raison de la grande disponibilité qu'exigeait son poste et qui limitait sa liberté d'accepter d'autres défis avec des orchestres ou opéras étrangers.

Jacques Lacombe a réitéré son attachement à l'Orchestre symphonique de Trois-Rivières en rappelant que ses racines sont ici et que son «coeur reste ici».

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