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Clôture de l'amour: des mots et des mots jusqu'à surdose

Maude Guérin et Christian Bégin livrent un intense... (Photo: François Gervais, Le Nouvelliste)

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Maude Guérin et Christian Bégin livrent un intense duel d'acteurs dans la pièce Clôture de l'amour, qui était présentée mardi soir à la salle J.-Antonio-Thomson.

Photo: François Gervais, Le Nouvelliste

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Linda Corbo
Linda Corbo
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Le sujet de la pièce Clôture de l'amour porte sur le cas classique d'un couple qui est arrivé en fin de vie amoureuse. L'histoire est celle de Stan et Audrey. Une histoire triste, en principe. Qui aurait dû être touchante, à la limite. Mardi soir, à la salle J.-Antonio-Thompson, ce n'est pourtant pas l'effet qui aura été créé sur l'ensemble du public.

Si une bonne majorité de spectateurs ont ovationné les deux acteurs en fin de soirée, il y en a d'autres qui n'ont pas eu cette patience, optant pour la porte de sortie bien avant. N'eût été du métier, je dois avouer que je les aurais suivis volontiers.

Je les aurais suivis malgré le duo Maude Guérin et Christian Bégin. Malgré le talent et l'expérience de chacun, combinaison parfaitement essentielle pour parvenir à relever l'exigence d'un tel exercice de théâtre. Malgré la mise en scène sobre de Christian Vézina dans un environnement dénudé qui sert bien l'entreprise de destruction qui se déroulera sur scène.

Au-delà de la performance des comédiens, le texte en soi ne rejoint visiblement pas tout le monde de la même façon, pas plus que les deux personnages si peu sympathiques qu'il propose. Le public est ici convié à une joute verbale qui relève d'une haute voltige intellectuelle, certes, mais à laquelle manque cruellement l'intelligence du coeur.

Avec Stan et Audrey, on se tape un face-à-face qui mise sur un discours rationnel qui devient rapidement discordant avec un propos qui se veut pourtant un cri du coeur. Qui plus est dans une proposition théâtrale où la forme prendra le dessus sur le contenu à plusieurs moments.

Il faut savoir qu'en début de soirée, on découvre Stan qui se tient devant sa conjointe immobile, la sommant de ne pas l'interrompre, de grâce. Il a des choses à dire. Et il parle. Il parle. Il parle. Au fil de ses mots, on découvre un homme rempli de lui même. Jusqu'à ras bord. Tellement qu'on a peine à imaginer qu'il puisse avoir été un jour en mesure d'aimer quelqu'un d'autre.

Il parle, donc. Dix minutes passent. Puis vingt. Puis trente et cinquante. On écoute son monologue depuis une heure quand Audrey cogne enfin son talon par terre. Une fois, et une deuxième fois, avant d'y aller à son tour de son laïus, profitant de son moment pour déverser son propre fiel, sommant son interlocuteur de la laisser parler. Et de relever la tête. Elle a des choses à dire. Et elle parle. Autrement, dans un langage moins empesé, mais plus acerbe. Elle parle seule, pendant une heure.

Les comédiens sont solides. Des colosses qui se mettent en bouche un texte surchargé, qui usent de toutes les nuances pour épouser cette pièce, que ce soit dans les variations d'intonations qui accompagnent la horde de mots, ou dans la subtilité du langage non-verbal lorsque vient le temps de déployer sa qualité d'écoute. Avec une telle patience.

Cette pièce du dramaturge français Pascal Rambert aurait déjà fait le tour du monde. Comme quoi on peut adhérer à ce duel verbal extrêmement élaboré alors que d'autres peuvent considérer la matière plutôt insipide sous le flot et l'apanage de tout ce verbiage. Les personnages en deviennent quasi antipathiques. Quand un écorché vif se soucie de la syntaxe de sa phrase pour lancer son cri du coeur, on a peine à croire en sa réelle douleur. Et on décroche.

Dans la pièce, la femme et l'homme qui se disputent devant nous sont actrice et metteur en scène. Dans la vraie vie, le texte ressemble aussi à un «trip» d'acteurs et de metteur en scène. Beaucoup de mots pour rationaliser un propos très riche qui, avec un degré moins élevé de superficialité, aurait été susceptible de toucher tellement de cordes sensibles. Autant d'éléments qui font en sorte que certains y croient moins. Ou pas du tout. Jusqu'à quitter la salle.

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