Le TNC frappe un coup sûr

Le Théâtre des Nouveaux Compagnons livre une production... (Photo: François Gervais)

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Le Théâtre des Nouveaux Compagnons livre une production très intéressante ces jours-ci. De gauche à droite, on aperçoit ici trois des comédiens de cette distribution: Claude Rioux, Lauraine Boucher-Lepipas et Anthonny Leclerc.

Photo: François Gervais

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Linda Corbo
Linda Corbo
Le Nouvelliste

Le Théâtre des Nouveaux Compagnons (TNC) frappe un solide coup sûr cette saison avec la pièce Le vrai monde?. Il faut dire que pour sa toute première mise en scène, Annie Trudel, petite-fille du fondateur de cette troupe, a misé sur un texte plutôt exquis du répertoire de Michel Tremblay. Or, elle a su le mettre en valeur de bien agréable manière, comme on peut le constater ces jours-ci à la Maison de la culture de Trois-Rivières.

C'est un huis clos familial vibrant d'intensité qu'elle sert au public avec sagesse, optant pour une certaine retenue sur le plan de sa direction d'acteurs, ce qui empêche la production de tomber dans le mélodrame à outrance.Le résultat n'en est que plus efficace.

Retenue aussi du côté de la scénographie. En jouant la carte de la sobriété, on permet aux spectateurs de se concentrer sur un texte qui occupera avantageusement le premier plan, et qui mérite qu'il en soit ainsi. La simplicité de la mise en scène était d'autant plus requise ici que Le vrai monde? propose deux univers qui s'entrecroisent et qui, avec un exercice de style plus audacieux, aurait pu compliquer facilement la facture.

Car l'attrait de cette pièce repose en grande partie sur la présentation de ces deux univers sur scène, soit la vraie famille de Claude (côté cour), et l'autre, celle qu'il a imaginée à sa manière pour le bien de sa première pièce de théâtre (côté jardin). Or voilà, entre les deux, il existe un monde d'interprétations et c'est avec un intérêt constant que les spectateurs en seront témoins, tout comme ils constateront le degré d'intensité avec laquelle les perceptions peuvent s'entrechoquer.

C'est ce qui arrive rapidement quand Madeleine prend connaissance du tout premier manuscrit de son fils qui, toute sa jeunesse, a rêvé de devenir écrivain. Ce dont elle se doutait moins, c'est à quel point son processus de création était un exutoire pour lui.

En mettant en scène sa mère, son père et sa soeur, Claude jettera un pavé dans la mare, attisera les colères, suscitera la honte et fracassera durement les conventions qui, dans la maisonnée, reposaient sur une vie de non-dits.

C'est ainsi qu'on découvrira la perception que le jeune homme a de son père commis-voyageur, dont il soupçonne plus d'une bassesse. Puis de l'image qu'il a de sa mère soumise, qui se retirera dans la solitude et les silences et, enfin, celle qu'il a de sa soeur qui entretient un tout autre genre de relation avec les siens.

Le texte est suave et d'une densité psychologique qui suscite la réflexion du spectateur aussi bien sur ce type de noyau familial que sur le processus de création.

Sur le plan du jeu, la pièce nécessite un certain doigté, que la distribution dans sa presque totalité honore de belle façon. Mieux encore, cette livraison automnale nous permet d'apprécier de nouveaux visages tout à fait intéressants.

Dans le rôle de Claude, Anthonny Leclerc est juste et nuancé. Hormis cette impression qu'il donne de ne pas savoir quoi faire de ses mains, il nous permet d'apprécier une performance intéressante, en plus de présenter un profil physique qui rejoint aisément l'image que l'on peut se faire de Michel Tremblay à cet âge.

Côté intensité, Claude Rioux, dans le rôle du vrai père, et Colombe Déziel, dans le rôle de la mère fictive, nous offrent plusieurs beaux moments de cette soirée et, de manière générale, donnent de la force à l'ensemble.

Dans la peau de la vraie mère, Lauraine Boucher-Lepipas fait face à une somme de texte importante et relève le défi. En voulant jouer la retenue, elle pèche toutefois par excès en compensant par des mimiques trop présentes, et en oubliant parfois de projeter sa voix.

En général, malgré certaines hésitations sans doute reliées au soir de première, jeudi, la distribution était à la hauteur et on s'imagine aisément que les représentations suivantes ont renforcé cet effet.

Au final, on ressort de la salle avec une réelle satisfaction, aussi bien pour la somme d'émotions qui nous est offerte que pour l'intérêt de la pièce en soi. Bref, le rendez-vous en est un de qualité. Pour ceux qui souhaitent l'honorer, l'équipe sera de retour sur les planches jeudi, vendredi et samedi soirs, 20 h.

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