Marie-Nicole Lemieux chante Gagnon et Tremblay

La contralto Marie-Nicole Lemieux a prêté sa voix... (Photo: Sylvain Mayer)

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La contralto Marie-Nicole Lemieux a prêté sa voix aux mots de Michel Tremblay et à la musique d'André Gagnon hier lors de la création de Lettres de Madame Roy à sa fille Gabrielle, en compagnie de l'Orchestre symphonique de Trois-Rivières.

Photo: Sylvain Mayer

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Marie-Josée Montminy
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) L'auteur Michel Tremblay et le compositeur André Gagnon étaient présents à la salle Thompson, hier après-midi, pour voir et entendre la contralto Marie-Nicole Lemieux et l'Orchestre symphonique de Trois-Rivières créer leurs Lettres de Madame Roy à sa fille Gabrielle, et apprécier la longue ovation que leur a réservée le public ravi. Ce concert-bénéfice annuel de l'OSTR a gagné son pari en misant sur la notoriété méritée et le talent incontestable de tous ces artistes réunis.

Ce cycle de mélodies pour voix et orchestre est né d'un désir croisé de collaboration. D'une part entre André Gagnon et Michel Tremblay, qui avaient déjà cosigné l'opéra Nelligan en 1990, et entre André Gagnon et le chef et directeur artistique de l'OSTR Jacques Lacombe, qui ont multiplié les projets communs depuis les années 1990 également. Le concept qui a émergé des discussions entre l'auteur, le compositeur et le chef d'orchestre a pris vie devant public hier.

L'idée? Michel Tremblay a imaginé une correspondance fictive entre l'auteure manitobaine Gabrielle Roy et sa mère, au moment où la jeune femme quittait le Canada pour l'Europe entre 1937 et 1939. Le point de vue adopté fut celui de la mère («les mères étant ma grande spécialité!», reconnaissait en souriant Michel Tremblay lors de la causerie préconcert hier). Six lettres de Mme Roy à sa fille ont donc été composées par Michel Tremblay et mises en musique par son complice André Gagnon.

«Depuis Nelligan, André et moi essayions de se trouver quelque chose pour travailler ensemble. Il fallait un sujet qui intéressait les deux. Ce qui m'a intéressé avec ce projet est le côté social. En 1937-1939, le tourisme tel qu'on le connaît aujourd'hui n'existait pas», commence l'auteur et dramaturge en évoquant la rareté des cas de jeunes filles qui partaient outre-Atlantique en solo à cette époque.

«J'ai imaginé le désarroi de cette femme-là qui voit sa fille en train de devenir écrivaine et qui s'en va si loin; j'ai pensé à la solitude de cette femme du Manitoba pour qui l'Angleterre, c'est l'autre bout du monde. Je lui ai fait utiliser l'arme ultime des mères, le chantage émotif», a aussi mentionné le père des Belles-soeurs et de toute une galerie de personnages dont plusieurs tournent autour d'une représentation de sa mère Nana et de sa famille.

Les textes des six lettres de Mélina à sa fille se partagent entre les descriptions du chez-soi manitobain («Je suis entourée de beauté» ou encore «Souviens-toi»... de plein de détails), les distorsions de perceptions que la mère voit dans les souvenirs de sa fille (le miroir déformant «de ta vision de nous, ton idée de nous»), l'ennui («Depuis que tu es partie, ma Gabrielle, les jours sont longs...»), sans oublier le chantage émotif évoqué par Michel Tremblay («Surtout reste là-bas et ne pense plus à ta mère, si tu es aussi bien là-bas que tu l'écris»).

Pour sa part, André Gagnon a pu s'identifier aux émotions potentiellement vécues par Gabrielle Roy et sa mère à travers sa propre expérience. «Je viens de Saint-Pacôme-de-Kamouraska, j'ai étudié à Montréal, puis au début des années 1960, je suis allé étudier à Paris. Partir en Europe comme ça sans trop savoir ce qui m'attend, mettre un océan entre ma famille et moi, ça a été très difficile», a confié ce cadet d'une famille de 19 enfants.

La musique d'André Gagnon pour Lettres de Madame Roy à sa fille Gabrielle porte sa signature tout en douceur, tout en harmonie.

Ce grand mélodiste a le don de créer une musique qui semble couler de soi, qui berce l'auditeur autant dans ses pièces instrumentales, toujours évocatrices, que dans la musique mariée à un texte, comme dans le cas des Lettres.

Quant à Marie-Nicole Lemieux, elle a livré ces missives musicales avec l'émotion et le talent qui lui sont reconnus.

En première partie de concert, elle avait interprété les cinq Wesendonck Lieder de Wagner, qui eux, avaient succédé à la Symphonie no 6 (Pastorale) de Beethoven. Ce concert-bénéfice aura permis d'ajouter 37 000 $ aux coffres de l'OSTR.

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