En entrevue depuis le chalet familial de Lac-à-Beauce, le jeune homme parlait la semaine dernière de cette nouvelle étape dans sa jeune carrière comme d'une sorte de bénédiction. «C'est très important, un premier album dans une carrière de chanteur classique. C'est une façon de se faire connaître, d'être entendu un peu partout. Je suis vraiment chanceux que la compagnie Analekta m'ait donné cette chance. En plus, ils m'ont permis de travailler avec Michael McMahon au piano, lui qui a été mon professeur à McGill. Ils m'ont donné assez de latitude pour que je puisse y chanter des lieder plutôt que des airs d'opéra, ce qui est assez rare.»
Cette latitude, Sly en a fait bon usage, se permettant notamment d'enregistrer en première mondiale des oeuvres inédites du compositeur contemporain Jonathan Dove de même que quatre lieder d'un compositeur, Guy Ropartz, qu'il ne connaissait même pas. Ces choix s'expliquent par la présence de Michael McMahon dans l'équipe de Philippe Sly. «Ce sont des suggestions de Michael et j'ai adhéré parce qu'il y a une grande cohérence avec le Dichterliebe, Op. 40 de Schumann. Il s'agit de poésie mise en musique avec des thèmes qui sont près de moi. Dans le Schumann, il est question d'un jeune homme romantique qui se cherche, ce qui correspond tout à fait à ma situation alors que je cherche ma place dans le monde de la musique. J'ai choisi Don Quichotte à Dulcinée de Ravel pour le chevalier errant qui reprend encore ce même thème de la recherche.»
Ces choix révèlent aussi un aspect de la personnalité du jeune homme: sa sensibilité, son romantisme alors que les rôles de baryton à l'opéra sont souvent plus durs. «La poésie est au centre du CD, c'est la base. Je sors de ce style-là que j'ai travaillé à l'école avec Schubert, Mahler, etc. Je me sentais à l'aise de l'aborder. Chaque lied sur l'album implique une relation intime avec le piano. Ça va chercher plein de couleurs différentes et comme je m'identifie au personnage qui est au centre de ces petites histoires, ça vient me chercher intimement également.»
Le titre de l'album, en trois langues, reflète les trois langues que préfère le chanteur. «Le français est ma langue préférée, celle de la conversation. J'aime beaucoup l'allemand parce qu'elle est très efficace pour transmettre un message et j'aime la chanter. Alors que pour l'anglais, bien, c'est ma langue maternelle.»
Un premier album est toujours un événement mémorable mais la carrière de Philippe Sly est si bien partie qu'il est déjà en préparation pour son second qu'il enregistrera sous peu.
«Je suis déjà chanceux que la maison Analekta ait eu confiance en moi mais en plus, ils m'offrent d'en faire un autre. Cette fois, j'interpréterai des cantates de Rameau, ce compositeur baroque français moins connu que Bach ou Haëndel mais quand même très important. La compagnie m'a donné le choix de faire ce que je voulais et comme je suis particulièrement à l'aise dans le baroque, c'est vraiment une opportunité extraordinaire.»
Le chanteur a travaillé à Salzbourg pendant deux mois cet été avec des arrêts professionnels à Londres, La Haye et Paris et il quittera bientôt pour San Francisco où il va s'établir pour les deux prochaines années. Il y chantera le rôle de Guglielmo dans le Cosi Fan Tutte de Mozart avec le San Francisco Opera, la deuxième plus grosse compagnie d'opéra en Amérique du Nord.
On le verra avec l'OSTR en décembre alors qu'il interprétera le Messie de Handel mais plus près de nous, il reviendra auprès des siens, à La Tuque, pour chanter au Complexe culturel Félix-Leclerc dans le cadre d'un spectacle servant de levée de fonds pour l'aménagement du parc des Trois soeurs. Il s'agit d'un engagement auquel il tient beaucoup à cause de son attachement à la région.
Bien que sa carrière professionnelle ne fasse que commencer, il a déjà des engagements à travers la planète jusqu'en 2015. De toute évidence, il demeurera une sensation du monde de la musique classique pour bien des années à venir.