Précision d'abord: il y a quatre jurys différents pour cette grande compétition cinématographique internationale: le grand jury, le jury pour la catégorie de la première oeuvre, celui de la Fipresci (la presse internationale) et, finalement, celui du Prix oecuménique. Ce dernier est formé de six membres de confession religieuse reconnue provenant, cette année, de Belgique, d'Argentine et du Québec pour les Catholiques de même que de l'Allemagne, des États-Unis et du Canada pour les Protestants.
Le prix veut, parmi les 18 films en compétition officielle, retenir celui qui aura le mieux su promouvoir les valeurs humaines, sociales éthiques et spirituelles. «Notre premier critère est évidemment les qualités artistiques et cinématographiques de l'oeuvre, indiquait hier le juré trifluvien depuis sa chambre d'hôtel montréalaise. On doit donc voir tous les films en compétition à raison de deux par jour, à 9 h et à 11 h 30 le matin. En après-midi, on a une réunion de travail où on discute des films visionnés.»
Grand connaisseur de cinéma, Gilles Leblanc, qui est notamment président de Ciné-Campus, se paie donc la traite en voyant souvent jusqu'à quatre films par jour et en participant à diverses activités présentées en marge du Festival. «C'est comme un rêve que je réalise. On est vraiment au coeur du Festival, c'est ce qui est excitant; on a accès à tout ce qui entoure l'événement. Évidemment, je suis un habitué du FFM et c'est la deuxième fois que je suis choisi pour faire parti du jury pour le Prix oecuménique ce qui est un bel honneur. Je le prends comme une reconnaissance de mon implication dans le monde du cinéma», de poursuivre celui qui a pris sa retraite au printemps dernier de son emploi de directeur et rédacteur en chef de la revue Présence magazine après avoir été au service de l'organisme Communications et sociétés pendant plusieurs années.
De la cuvée 2012 des films en compétition, il dit qu'elle semble être de qualité moyenne. «On n'a pas de gros canons comme c'est souvent le cas, en 2004, par exemple, alors que trois des quatre jurys avaient couronné le film La fiancée syrienne. Au début de la compétition, on a surtout vu des films de jeunes réalisateurs et là, on revoit des réalisateurs habitués du FFM. Dans les films qui restent, on va en voir de plus exotiques en provenance du Japon ou de la Turquie, par exemple. On ne sait donc pas à quoi s'attendre.»
Dans les délibérations quotidiennes, qui se font essentiellement en anglais, on discute des films vus le matin avec comme préoccupation de s'entendre sur les films qu'ils gardent dans la course et ceux qu'ils éliminent d'emblée. «Évidemment, il faut se bâtir un certain argumentaire pour défendre notre point de vue et avec toute l'énergie qu'on met à faire ce travail, il peut arriver que les discussions soient animées. C'est plus probable à mesure que la compétition avance.»
«Il arrive qu'on ait des coups de coeur, mais à la base, la valeur d'un film, c'est essentiellement la qualité de son scénario comme disait le cinéaste Volker Schloendorff en conférence cette semaine. Ça prend une bonne histoire bien traitée. Cette année, le Festival présente beaucoup de films européens de qualité, des films denses et intenses. La plupart offrent un déroulement relativement convenu, cependant. On constate que l'Europe a encore beaucoup de choses à liquider comme la culpabilité qui reste des grandes guerres, les séquelles de l'effondrement du bloc soviétique, etc.»
«Notre jury est le premier à se compromettre: notre prix sera décerné en après-midi alors que les autres prix le seront en soirée. Notre prix est souvent annonciateur du palmarès de la soirée alors, on a une certaine pression mais c'est un jury de qualité formé de grands spécialistes de cinéma, souvent des universitaires.»
Mercredi, Gilles Leblanc s'offrait un petit répit à mi-chemin de la compétition: il n'avait que trois films à son horaire. La boulimie a rapidement repris le dessus dès le lendemain.