Le sculpteur s'est donné une trentaine de jours pour façonner cette énorme pierre de 12 tonnes, d'une hauteur de dix pieds, faite de calcaire de Saint-Marc-des-Carrières et de laquelle naîtra graduellement «Résilience». L'artiste a trouvé le titre qui se devait pour cette oeuvre qui sera réalisée pour le bien de l'ÂME (L'Aide Mondiale aux Enfants).
C'est le propriétaire de l'hôtel, le promoteur Denis Beaubien, qui a réquisitionné les services de Claude Desrosiers après avoir remarqué l'une de ses oeuvres à Baie-Saint-Paul, sans savoir que l'artiste résidait en fait dans la région voisine, à Charette.
M. Beaubien voulait qu'une oeuvre soit réalisée sur les terrains de son hôtel en concordance avec l'esprit de certains forfaits qui seront conçus à cet endroit pour aider les parents d'enfants malades. Ces forfaits, qui devraient être offerts dès le printemps 2013 à Nicolet, permettront aux familles qui vivent de durs moments de retrouver à cet hôtel un lieu paisible pour se ressourcer et se détendre.
C'est dans ce contexte que Claude Desrosiers a imaginé son oeuvre qui illustrera un homme qui tente de sortir un enfant pris dans le roc alors que sur ses épaules, le père portera aussi un autre enfant délivré, le regard pointé vers le ciel. À ses côtés, une femme se tiendra aussi, un bébé dans ses bras.
Pour mettre la pierre à sa main, Claude Desrosiers est outillé d'un gros compresseur, d'une scie, des différents ciseaux et de divers marteaux. De nature peu engagé, le sculpteur apprécie toutefois le fait que son art servira les autres. Il en a réalisé une du genre, dernièrement, pour une association destinée à la prévention du suicide.
«Je n'ai pas l'habitude d'endosser des causes mais j'avoue que ça me fait plaisir parce que mon travail me dépasse et la signification est plus grande que moi-même. Mon travail a plus de sens quand ça aide des gens», dit-il.
Claude Desrosiers est d'autant plus en harmonie avec le propos de son oeuvre qu'il vient lui-même de traverser certains moments douloureux, émotivement parlant, assez d'ailleurs pour avoir retardé cet été son travail du côté de Saint-Élie, où le sculpteur refaisait une beauté au «calvaire» de la place. À cet endroit, il a eu l'impression de faire son propre chemin de croix. «Pour la première fois de ma vie, j'étais au bout du rouleau.»
Avant-hier, il est tombé sur une émission de télévision où l'on parlait du phénomène de résilience, cette faculté de rebondir après le malheur, une énergie qu'il connaît bien, lui qui a la foi en l'action et en la vie.
«Je savais ce que la résilience était mais je ne connaissais pas le mot. C'est un drôle de concours de circonstances pour moi», sourit-il, notant que le thème correspondait parfaitement à l'oeuvre qu'on lui a demandée à Nicolet et qui illustrera une famille qui se bat contre le malheur.
La population de Nicolet et des environs sera très bien placée pour apprécier la progression de cette sculpture au cours des prochaines semaines sur le terrain de cet hôtel logé sur la rue Saint-Jean-Baptiste, qui longe la rivière Nicolet. Les gens pourront le voir à l'oeuvre tous les jours, à l'exception des jours de pluie. Du 20 août au 20 septembre, il résidera d'ailleurs sur place, à l'hôtel, pour pouvoir travailler allègrement.
Spécialiste des oeuvres réalisées «in situ», l'artiste a l'habitude des gens qui s'arrêtent et qui le questionnent sur son art. «On connaît bien au Québec la sculpture sur bois mais les gens sont fascinés de voir la roche», observe-t-il.
«C'est plaisant. J'aime le monde. Mais parfois aussi, ils veulent juste regarder et ça devient superflu de parler...»