Ces recherches ont été entreprises à l'été 2010 par les archéologues Geneviève Treyvaud et Michel Plourde en se basant sur une carte datant de 1704 qui, interprétée, laissait croire qu'une fortification avait pu exister à cette époque. Ce que l'on appelle des «sondages» ont été réalisés afin de vérifier si des artéfacts ou des traces des constructions pouvaient appuyer l'hypothèse.
Quelques éléments ont été dévoilés, mais que les archéologues n'ont pu associer à la période où aurait existé le fort. L'étonnante trouvaille d'une pointe de flèche vieille de4000 ans a par contre confirmé une occupation préhistorique du territoire.
Comme l'explique la directrice générale du Musée des Abénakis Michelle Bélanger, une relecture des cartes anciennes et de différents ouvrages a incité les archéologues à déplacer le terrain de recherches plus près du Musée, alors que les sondages de 2010 s'étaient concentrés sur un territoire désigné comme «la commune», à Odanak.
Les archéologues ont profité du Mois de l'archéologie en 2011 pour effectuer les sondages qui allaient confirmer que l'emplacement jouxtant le Musée était plussusceptible d'avoir accueilli le fort.
Des objets datant desXVIIe et XVIIIe siècles y ont été trouvés - dont des tessons de verre, des aiguilles de cuivre et des fragments de poterie -, encourageant les spécialistes à entreprendre de véritables fouilles. Une subvention de 198 000 $ de Patrimoine canadien, annoncée en octobre dernier, a favorisé la poursuite du projet.
Les excavations ont débuté la semaine dernière et déjà une multitude d'articles ont été découverts. Les sept jeunes assistants archéologues ont entre autres pu apprendre ce qu'est un cône clinquant, cette pièce de parure fabriquée à partir de petites surfaces de cuivre, parfois découpées dans des chaudrons. Des perles de wampum, des perles de verre, des pierres à fusil ainsi que desossements d'animaux ont aussi été trouvés dans ce qui semble être un foyer et des fosses à déchets.
Deux traces de trous de poteaux ont également été mises au jour, ce qui renforce encore la théorie de l'existence de constructions sur le site. Comme le précise Michel Plourde, on ne peut encore déterminer s'il s'agirait d'une habitation traditionnelle autochtone ou encore des vestiges d'une palissade de bois qui aurait pu ceindre le fort. Une chose est certaine, les deux archéologues et la directrice du musée sont très enthousiastes face à ces découvertes.
Si l'équipe parvenait à confirmer l'existence d'un village fortifié à cet endroit, l'histoire autochtone s'en trouverait enrichie. «Ce serait le premier site en Amérique du Nord construit par les autochtones et habités par eux», indique Mme Bélanger.
Pour sa part, Michel Plourde rappelle que les Abénakis ont fui les assauts des Européens dans l'actuelle région des États de la Nouvelle-Angleterre pour s'établir notamment à Odanak et à Wôlinak. Un fort aurait pu être construit pour assurer la surveillance et la défense d'Odanak, un lieu stratégique en bordure de la rivière Saint-François.
M. Plourde mentionne qu'un incendie aurait détruit le fort en 1759 lors de l'attaque orchestrée par le major yankee Robert Rogers.
Les fouilles archéologiques peuvent être suivies via Internet (www.museedesabenakis.ca), et on peut en être témoin en direct du lundi au vendredi de 9 h à 16 h jusqu'au 17 août. «Les archéologues répondront aux questions des visiteurs et les tiendront au courant de l'avancement des travaux», indique Mme Bélanger en précisant qu'en cas de pluie, on pourra s'initier à d'autres tâches archéologiques dont le nettoyage et l'identification des artéfacts à l'intérieur du musée.
Enfin, deux week-ends archéologiques sont prévus les 4, 5, 11 et 12 août dans le cadre du Mois de l'archéologie. Dès 10 h, les enfants seront initiés à la discipline avec une activité de simulation de fouilles, et une clinique d'artéfacts visera à identifier les «trésors archéologiques» des visiteurs.