Maison de la culture

La comédie musicale a trouvé sa région

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Les Productions de la 42e ont livré une... (Photo: Stéphane Lessard)

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Les Productions de la 42e ont livré une comédie musicale réjouissante et ingénieuse, ce week-end, à la Maison de la culture de Trois-Rivières.

Photo: Stéphane Lessard

Linda Corbo

Linda Corbo
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Quelle belle idée que celle de dédier une troupe régionale au joyeux univers de la comédie musicale. Les Productions de la 42e Rue, à Trois-Rivières, est du moins en train d'en faire une bien heureuse démonstration.

Vendredi, samedi et hier à la salle Anaïs-Allard-Rousseau de la Maison de la culture, 29 artistes de la région ont livré Crazy for you, une production qui témoigne de la possibilité de faire un beau brin de merveilleux avec peu de moyens financiers, une situation visiblement compensée par un trio fort: de la volonté, de la rigueur et une belle dose de talent.

Dans la distribution, 18 comédiens-danseurs et chanteurs, appuyés par 11 musiciens, sont en effet parvenus à nous entraîner successivement dans l'esprit de Broadway; dans l'atmosphère d'une petite ville en décrépitude du fin fond du Nevada, et dans le saloon de la place, le tout par la magie d'un ingénieux exercice de changements de décors. Tout se passe devant nos yeux sans heurt et tout en douceur, un exercice franchement réussi, moyennant un brin d'ingéniosité bien placé.

C'est le directeur musical William Lévesque qui a fait le boulot de mise en scène, un exercice qu'il a souhaité tout ce qu'il y a de plus conventionnel, calqué sur la production originale, pour recréer réellement l'esprit des comédies musicales de Broadway. Ce faisant, il a trouvé le tour de maximiser l'exercice et de glisser ici et là quelques clins d'oeil de mise en scène savoureux.

L'autre qualité du monsieur est vraisemblablement celle de savoir bien s'entourer. Dans la production, on ne retrouve aucun véritable maillon faible, que ce soit dans la chanson ou dans le jeu, donnant à apprécier une distribution bien calibrée et rehaussée par deux personnages principaux qui ont trouvé des interprètes suffisamment polyvalents pour soutenir le travail demandé, celui de valser avec la comédie, le chant, l'humour et la danse, en toute fluidité.

Ce tandem, c'est Manon Carrier (elle vivait probablement sur Broadway dans une vie antérieure) et Patrick Carrière (tout bonnement excellent) qui le forment, pour personnifier Polly et Bobby, un couple qui n'avait rien pour se rencontrer mais dont les coeurs s'entrechoqueront néanmoins contre toute attente.

Bobby Child s'ennuie à New York, étouffé par une mère (savoureuse Marie-Hélène Rheault) qui veut faire de lui un banquier, et par son désir tout aussi envahissant de faire de la scène et de se vouer à sa passion pour la danse. Mal fiancé, c'est quasi par évitement qu'il se contraindra à accepter la mission de sa mère, celle d'aller fermer un théâtre, au Nevada, dont les propriétaires ne peuvent plus supporter les coûts.

Ces propriétaires, ce sont Everett (Jacques Brunet) et sa fille Polly, dont les charmes feront changer les plans de Bobby Child, qui travaillera plutôt à faire revivre le lieu, et ce, même si les habitants de la ville et les touristes ont déserté depuis que la fermeture des mines a scellé le sort de ce bled perdu.

C'est dans cette ville peuplée de cowboys errants que débarqueront, en renfort, des danseuses venues de New York pour tenter de mettre un peu d'art dans le désert.

C'est aussi ici que pourra être appréciée la palette de couleurs des artistes de la région, qu'elle se nomme Jessika Munger (qui nous livre entre autres un numéro suave en femme frustrée qui se change en tigresse), Philippe Champagne (qui brille aisément dans le rôle de l'Allemand Zangler) ou Marie-Philippe Aubin, (pétillante dans la peau de la jeune Patsy).

Dans l'ensemble de la soirée, qui se passe sans temps morts, seule la danse peut présenter une légère faiblesse, faiblesse dans le sens «moins professionnel» on s'entend, car malgré un petit manque de raffinement et de précision dans la gestuelle, l'ensemble est tout à fait honorable et se fait rapidement oublier dans le portrait global de cette production.

En revanche, les musiciens sont plutôt impeccables et épousent le répertoire de manière convaincante. Ils nous surprennent d'ailleurs en fin de soirée, quand le rideau de fond de scène se lève et qu'on s'aperçoit qu'ils étaient sur les planches tout ce temps, sans même nuire à la scénographie.

En entrevue avant les représentations, le metteur en scène William Lévesque disait que toute la portion chantée du texte, qui est demeurée en anglais, ne dérangerait pas un public exclusivement francophone. Il a dit juste. Ajoutons à cela que le travail de traduction signé Manon Carrier est très bien fait.

Avec une scénographie joliment élaborée, des décors étonnants qui témoignent d'un travail imposant et une mise en scène qui épouse un rythme soutenu, on en est quitte pour une soirée pleine de charmes.

Aussi modeste soit-elle en comparaison des comédies musicales à grand déploiement que nous amènent les Denise Filiatrault de ce monde, la production trifluvienne est un petit bonbon à savourer. On en ressort avec le souhait que des supplémentaires s'ajoutent pour qu'un maximum de gens puisse témoigner de leur savoir-faire. À défaut de quoi, on ne ratera pas leur prochain rendez-vous. Quoique cette fois-ci, ils ont mis la barre haut un peu...

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