En évoquant son enfance, Jael raconte que le premier mot qu'il a prononcé, dans un service de garde américain, fut «banana». Il était tout jeune lorsque sa mère monoparentale s'est exilée à Davenport en Iowa pour y suivre une formation en chiropratique. De retour au Québec, il a amorcé l'école primaire dans sa province natale, avant de déménager en Ontario avec sa mère et son nouveau conjoint.
«Ma mère avait déjà deux enfants et elle en a eu cinq avec son deuxième mari. Elle a donc eu sept enfants, et on a suivi les projets de son mari qui était dans la construction et qui cherchait à améliorer sa situation», résume Jael pour expliquer les quelques déménagements dans des villes ontariennes pendant son enfance et son adolescence.
«J'avais de la facilité à l'école et mes devoirs étaient vite faits. À la maison, on n'avait pas de câble ni de jeux vidéo, alors j'ai commencé à gratter la guitare. J'étais assez solitaire, alors ça m'a permis de m'exprimer», raconte-t-il. À compter de 13 ans, l'adolescent a commencé à reproduire ses chansons préférées, puis à composer ses propres pièces.
Le développement de son loisir l'a mené à participer à divers concours, dont à la finale d'Ontario Pop en 2001. C'est cette année-là qu'il est revenu à Trois-Rivières pour étudier un an en sciences de la nature avant de se rendre compte que la musique lui manquait trop.
«J'ai toujours aimé le domaine de la santé. J'étais donc inscrit en sciences de la nature, et j'étais dans l'équipe de volley-ball des Diablos. Je n'avais plus le temps pour la musique et j'en avais besoin. Il me manquait quelque chose au niveau de la créativité», poursuit celui qui a finalement complété un double DEC en sciences nature et musique au Cégep de Trois-Rivières.
Jael a apprécié pouvoir accoler des connaissances théoriques à son apprentissage jusqu'alors autodidacte. «Aussi, j'ai découvert de nouveaux styles, le jazz, le blues, la musique du monde... Et l'examen final, c'est une création!», énumère-t-il pour illustrer les atouts hérités de sa formation en musique.
Conscient qu'une carrière musicale ne s'engageait pas automatiquement sur les rails du succès instantané une fois sorti de l'école, Jael a poursuivi ses études en ergothérapie à l'Université Laval. Il a complété son baccalauréat et travaille dans le domaine tout en assouvissant sa passion pour la musique en parallèle.
Il a concocté un premier album maison à la fin de 2005, puis a enregistré un album double regroupant 23 de ses compositions, paru en avril 2010. L'auteur-compositeur-interprète s'est souvent produit sur les scènes de Québec et de sa rive sud.
Il fait présentement partie de la tournée J3 Tour, qui l'unit à Jon Richman et Jonathan MacAuley pour une série de spectacles qui s'est notamment arrêtée à Trois-Rivières le 15 juin. Il a été sélectionné comme Coup de coeur d'un concours pour la relève, organisé par le FestiVoix et invitant les internautes à voter pour leur concurrent préféré. Il sera donc sur la scène du Zénob en fin de soirée le dimanche 8 juillet.
«Mon inspiration vient essentiellement de faits vécus. Tous les déménagements, tous les événements... ça n'a pas toujours été rose et facile. D'écrire des chansons m'a permis d'extérioriser tout ça et de canaliser les énergies négatives», analyse l'artiste.
Il donne des exemples de thèmes explorés dans ses chansons: To the Edge of the World parle d'un petit garçon qui se construit un vaisseau et qui veut aller vers la Lune en recherchant l'acceptation de son père. J'ai une autre chanson sur le thème de notre proximité, mais de notre solitude en même temps, une autre qui parle de grandir avec cinq soeurs, une chanson d'amour qui parle de l'âme soeur...»
Côté musical, Jael Bird Joseph privilégie le style néofolk acoustique, identifié sous le qualificatif anglais singer songwriter.
L'aspect «relation d'aide» qui sous-tend son travail d'ergothérapeute transparaît aussi dans son attitude face à la musique. «C'est un domaine un peu égoïste. Je suis toujours là à parler de moi, les gens paient pour venir m'entendre. C'est même un peu narcissique. Quand quelqu'un te dit qu'une de tes chansons lui a fait du bien ou qu'il a vécu la même chose, ça me fait aussi du bien, cette dimension plus altruiste».