L'oeuvre n'aurait pas pu être présentée ailleurs puisqu'elle met en valeur le majestueux plafond du Centre, constitué par une partie, le tiers environ, de la voûte récupérée de l'ancienne cathédrale de Nicolet démolie à la suite du glissement de terrain de 1955.
En reprenant dans une version revue et corrigée son concept du miroir d'eau notamment exploité avec L'écho-l'eau, Richard Purdy donne une nouvelle vie à cet endroit méconnu et à son invraisemblable architecture qui réfère très étroitement à un étonnant épisode de l'histoire de la ville.
L'artiste a ainsi pu donner libre cours à son sens inné de la démesure tout en conservant un côté quelque peu loufoque, autre axe récurrent de ses créations. Et, comme à Espace Shawinigan, notamment, il donne à son oeuvre une majestueuse et singulière beauté par des éclairages très efficaces et l'abandon de l'eau pour un simple plancher réfléchissant comme miroir. L'ajustement est considérable mais entraîne son esthétique dans une autre voie, encore fascinante.
Cette fois, plutôt que de permettre au spectateur de marcher dans le miroir (l'eau), celui-ci déambule sur une passerelle qui donne l'impression de flotter au-dessus du plancher et d'être en suspension au sommet de la voûte. Tout cela aurait quelque chose de résolument mystique si Richard Purdy n'avait installé, au fond de la salle, une Lune pour donner l'illusion d'un lac.
«Il y a ici une impression de calme, de sérénité et avec la passerelle, ça donne l'impression d'être sur le quai sur le bord d'un lac calme et apaisant. Cette salle est un endroit tellement beau et tellement inspirant mais on ne peut pas le deviner de l'extérieur. Il n'y a qu'au Québec qu'on peut voir le plafond d'une cathédrale sauvé d'une catastrophe naturelle et recyclé dans un centre communautaire! Quelle chance de trouver ça ici et pourtant, ce n'est pas mis en valeur. En plus, avec le plancher qu'on a conçu,le reflet donne vraiment l'impression de la peinture à l'huile avec le mélange des couleurs et des dorures.»
«Au départ, je cherchais une église où j'aurais pu faire mon plancher d'eau et Jean-François (Royal, directeur du Musée des religions), m'en entraîné ici de force. J'étais bouche bée. Pour moi, c'est une cocréation: il avait le lieu, moi, j'avais le concept. C'est vraiment le lieu qui s'impose et prend toute la place. Avec la passerelle, j'ai pu exploiter mon goût pour la perspective en donnant au spectateur l'impression de flotter dans les hauteurs de la cathédrale. Nous sommes donc très loin de L'Écho-l'eau. Pour moi, c'est comme un gros bonbon visuel, une meringue.»
Consacré cocréateur, Jean-François Royal donne, pour sa part, libre cours à son ambition et sort des murs du Musée des religions, producteur de La grosse plaisanterie.
«Le Musée est trop petit! On avait une salle extraordinaire ici, à Nicolet, qui mérite d'être mise en valeur et le contexte a fait qu'on pouvait le faire cet été. On veut attirer une autre clientèle à Nicolet, une clientèle touristique qui ne viendrait pas nécessairement au Musée des religions du monde. Mais à moyen et long terme, le Musée va profiter de ces touristes qui vont découvrir Nicolet.»
Il s'agit d'un projet qui coûte au Musée des religions entre 30 000 $ et 40 000 $. Pour le rentabiliser, il faudra attirer 2000 spectateurs au cours de l'été. Pour cela, on compte sur le nom de Richard Purdy et sur le côté intriguant de ses oeuvres. Au conseil d'administration du Musée, qui a consenti le budget, on croit fermement au projet.
«Jean-François est quelqu'un qui connaît ses dossiers et nous présente des projets réfléchis même s'ils sont ambitieux, explique Raymond Bilodeau, président du conseil d'administration du Musée. L'exposition À la vie, à la mort était ambitieuse mais elle a lancé le Musée, lui a donné une crédibilité et a eu plusieurs répercussions positives comme le contrat avec la Basilique Notre-Dame de Montréal. Jean-François est un rêveur mais il est aussi réaliste et c'est un administrateur. Les risques financiers qu'on prend vont payer à moyen et à long terme et c'est ça qui compte.»