Pourtant, tout cela était vrai, du moins à la lumière du superbe spectacle qu'il a offert hier soir à la salle Thompson. Un spectacle troublant bruyamment savouré par un public en or, bel et bien. Comment Ferland y arrive-t-il encore, à bientôt, très bientôt, 78 ans? Mystère.
Jean-Pierre Ferland a un don prodigieux, ça ne fait aucun doute. Une génétique qui ne connaît pas la vieillesse, un coeur imperméable au temps. Une âme éternelle.
Mais il a aussi des fans. Plein de femmes fans, folles de lui. Des fans qui ne se sont pas sentis trahis qu'il revienne sur son adieu, sa promesse de ne plus revenir en scène. Ils ont été comblés hier soir. La fidélité a ses bénéfices.
En fin de semaine dernière, il était encore facile d'aller chercher six billets regroupés en plein centre de la douzième rangée du parterre pour le spectacle d'hier. Très peu de billets avaient été vendus. Les fans se sont faits tirer l'oreille. Hier soir, le parterre ainsi que le premier balcon étaient remplis; près de 800 spectateurs. Ferland leur a donné deux pleines heures d'amour, d'humour et d'émotions.
Ça ne se passait plus tellement dans la voix, poussive dans les aigus, chancelante dans les tenues. Ça se passait ailleurs, un peu plus bas que les cordes vocales, un peu plus loin... dans le coeur. Le bonhomme a conservé une émouvante candeur, quasiment juvénile, qui a trouvé dans la sagesse, l'antidote au ridicule.
Ferland a repris certaines de ses plus belles chansons d'amour avec une indomptable flamme qui a fait bruyamment soupirer d'aise plusieurs femmes dans l'auditoire. Assumant son âge, il a su donner une nouvelle et troublante nostalgie à de vieux classiques comme Sing Sing, Qu'êtes-vous devenues mes femmes? ou Si je savais parler aux femmes qui y ont trouvé une nouvelle pertinence.
Bien sûr, il a un fabuleux répertoire dans lequel plonger pour composer des spectacles. Hier, il a puisé dans presque toutes les époques et dans toutes les émotions: goguenard pour Quand on aime on a toujours 20 ans, ironique pour L'assassin mondain, offerte en rappel, lyrique pour Un peu plus haut, un peu plus loin, charmeur, évidemment, pour T'es belle ou Une chance qu'on s'a.
Sans complaisance, il est allé chercher dans des chansons peu connues comme It ain't Fair ou J'ai coupé mon arbre des nuances pour accompagner quelques véritables classiques de son catalogue qui font de lui un indiscutable monument de la chanson française. Mais le monument est encore plein de sève et de charme et il a offert rien de moins qu'un superbe spectacle.
Une leçon à tous les jeunes. À ceux-là qui ont 30, 40 ou 50 ans de moins que lui, une voix et parfois même du talent, mais qui ne savent pas ce que c'est qu'être un artiste.