C'était en 1989. Treize albums et des centaines de spectacles plus tard, Lynda Lemay parle avec animation et enthousiasme de ce qu'elle considère comme ses passions, celle d'écrire des chansons, et celle de les présenter sur scène.
«Le goût de l'écriture, ça remonte à moi, petite fille à Portneuf. Nous étions trois soeurs, trois filles toujours ensemble. Ma soeur Diane était celle qui faisait rire, ma soeur France celle qui savait tout! Moi, j'observais. J'étais très renfermée. J'étais celle qui remontait à ma chambre quand on avait de la visite... Déjà, j'aimais écrire», racontait-elle mercredi, dans un café de Trois-Rivières en compagnie de sa soeur Diane («ma presque jumelle!»), qui travaille auprès d'elle depuis une dizaine d'années.
«À huit, neuf ans, j'aimais ça trouver des rimes, j'écrivais des petites histoires. Puis en secondaire un, j'ai commencé à écrire des poèmes, et j'ai osé aller en présenter à mon prof qui a trouvé que j'avais du talent. Mes parents m'avaient toujours encouragée, mais de se faire dire qu'on a du talent par quelqu'un d'autre que ta famille qui t'aime inconditionnellement, c'est différent...», poursuit-elle.
Comme ses deux soeurs, Lynda Lemay a suivi des cours de piano au début du primaire.
«J'ai été la première des trois à abandonner, parce que la partie que j'aimais le plus, c'était la composition, et ce n'était que 5 % des cours! Pour moi, ce qui était important, c'était l'émotion dans la musique», enchaîne-t-elle, appuyant son propos avec un souvenir précis, celui de fredonner la chanson Ça va mieux, de Ginette Reno, comme un exemple de cette émotion qui la faisait vibrer.
La Portneuvienne évoque un autre souvenir encore net à sa mémoire, celui de chanter dans la voiture familiale en revenant de Québec visiter des tantes. «Mes soeurs disaient à ma mère: ''Maman, dis à Lynda d'arrêter!''»
C'est au cégep que l'arrimage entre l'écriture et la musique s'est réalisé, pour une Lynda Lemay qui a commencé à prendre confiance en elle et à s'ouvrir aux autres. Inscrite en sciences pures au Cégep de Sainte-Foy, l'adolescente puis jeune adulte avait plus envie d'écrire un roman que de résoudre des problèmes de physique ou de calcul différentiel.
Elle a changé de programme pour intégrer celui d'arts et lettres, et à la suggestion de sa mère, s'est permis une session sabbatique pour revenir à Portneuf dans la maison fami-
liale et se concentrer sur l'écriture de ce roman qu'elle avait commencé dans l'appartement partagé avec des colocataires à Québec.
Pendant cette session sabbatique, elle a renoué avec le piano et ses premières chansons sont nées. Elle a terminé ses études collégiales puis a complété un diplôme en secrétariat, tout en travaillant sur ses chansons. Une maquette a été enregistrée et envoyée à divers concours dont Québec en chansons en 1988 et le Festival international de la chanson de Granby l'année suivante, qu'elle a remporté dans la catégorie auteur-compositeur-interprète.
La suite de l'histoire est connue, avec la succession d'albums et de tournées, le succès en Europe et au Québec. Vingt-trois ans après sa victoire à Granby, Lynda Lemay continue de carburer à l'écriture et au partage avec ses fans via la scène.
«Ce sont des grosses doses d'adrénaline, de laisser passer plein d'émotions entre le public et moi. Je suis très empathique, je suis comme une éponge. J'aime les gens. Je suis un peu psychologue, j'ai envie de décortiquer, je veux aider! Quand je choisis mes mots dans des chansons, c'est pour faire du bien, briser des silences, mais de la bonne façon. C'est ma passion!»
«Quand je prends un sujet et le transforme en chanson, je suis fière quand j'observe le même bonheur chez ceux qui la reçoivent que celui que je ressens en leur offrant. C'est un partage extraordinaire. C'est toute une thérapie de vie. On a l'occasion d'être complice avec plein de gens différents», décrit-elle.
À Trois-Rivières mardi
Lynda Lemay sera en spectacle à la salle Thompson mardi. En compagnie du pianiste Louis Bernier et du violoniste Daniel Jean (et sa guitare à elle), la chanteuse présentera ses «incontournables» comme Le plus fort c'est mon père, La visite et Les souliers verts, tout en gardant une place pour des pièces plus récentes, et même des inédites.
«C'est un de mes spectacles préférés depuis longtemps. Je le qualifie de confortable. On va creux dans la douleur, mais il y a de l'humour aussi. C'est bien équilibré comme show. C'est accueillant. Les gens entrent dans mon intimité. La scène est comme un écrin», conclut l'artiste qui a fait paraître en septembre dernier un album regroupant ses succès et qui alterne les séries de spectacles entre l'Europe et le Québec.