Deux mois avant l'ouverture du musée, la direction a convié Jean Chrétien lui-même et les représentants des médias à constater l'état d'avancement de l'aménagement des lieux et à en savoir plus sur le contenu qui y sera mis en valeur. Le directeur de la Cité de l'énergie, Robert Trudel, estime à «70-75 %» le degré des travaux de construction et de mise en place complétés dans l'espace qui servait jusqu'ici d'entrepôt.
«C'est l'aboutissement d'une dure bataille avec le P'tit gars de Shawinigan pour le convaincre de partager les cadeaux reçus dans le monde», a lancé le président du conseil d'administration de la Cité, Roland Desaulniers, dans son allocution de bienvenue hier. Loin de nier la remarque et ce qu'elle sous-entend, l'ancien premier ministre l'a appuyée en affirmant: «Trudel m'a achalé pas mal».
«J'ai hésité longtemps. Je ne suis pas encore mort, et ne souhaite pas mourir bientôt! Alors... un musée en mon nom?», a réfléchi M. Chrétien devant l'insistance de Robert Trudel. «Ce qui m'a finalement convaincu est l'association avec l'UQÀM et le côté éducationnel de tout ça», a-t-il confié.
Car il faut le dire, ce musée ne se limite pas à un étalage des cadeaux reçus par Jean Chrétien en Thaïlande, aux Philippines ou au Chili. À ce volet d'exposition de présents protocolaires s'en greffe un autre qui explore la politique étrangère du Canada entre 1993 et 2003, soit la décennie où Jean Chrétien a dirigé le pays.
Les thèmes du commerce international, de la diplomatie, de la paix et sécurité et du développement international seront explorés dans cette portion, vulgarisée par divers moyens dont du texte plus conventionnel, du matériel audio-visuel et des tableaux et bornes interactifs. Le développement de ces thèmes sera notamment alimenté de références à des rassemblements tels les sommets du G7, de la Francophonie ou des Amériques, à des événements comme le 11 septembre 2001 et à différents conflits.
«Évidemment les cadeaux c'est très intéressant, très beau, mais... 800 cadeaux dans mon living room, c'est bien trop. J'aurais pu les vendre sur eBay, mais j'ai décidé de donner ça pour les gens d'ici», a rigolé Jean Chrétien avant de mettre l'emphase, plus sérieusement, sur les atouts pédagogiques du musée, surtout en ce qui concerne la démystification des organisations internationales et du rôle du premier ministre dans la politique mondiale.
L'apport des chercheurs
Trois chercheurs de la Faculté de science politique et de droit de l'Université du Québec à Montréal ont travaillé à documenter les cadeaux protocolaires et à en dégager l'origine et la signification, en plus de créer «la trame historique et politique qui encadre le parcours au sein de ce nouveau musée», tel que formulé par le doyen de la faculté, Jean-Pierre Beaud.
Celui-ci assure que les chercheurs ont «effectué un travail de simplification sans tomber dans le simplisme» en privilégiant la justesse du propos dans sa clarté. L'intérêt pédagogique du projet a aussi séduit le doyen de la Faculté, qui apprécie que le grand public puisse être davantage informé du rôle du Canada dans la politique internationale.
«Enfin, cet espace musée est une occasion d'aller plus loin en encourageant les activités de recherche et de diffusion des connaissances», a conclu M. Beaud en mentionnant les projets d'essor de la vocation pédagogique du musée sur les thèmes de la politique étrangère du Canada et de ses relations internationales.
Robert Trudel a même mentionné l'expression «centre de recherche» en évoquant le développement de l'angle didactique du musée. «On a voulu diminuer le coût du projet pour l'accélérer», a-t-il précisé pour expliquer le report de cette autre phase.
En parlant de coûts, Jean Chrétien lui-même a indiqué que deux tiers des fonds requis pour l'ouverture du musée tel qu'il sera inauguré provenaient du secteur privé, en refusant de nommer les donateurs ou le montant total de l'investissement.