Qu'est-ce que ce scientifique, toute vedette de la télévision et exceptionnel communicateur qu'il soit, peut-il bien apporter de nouveau au débat sur l'environnement? Une vision, de l'homme et de son milieu de vie, voilà ce qu'il apporte. Une perspective, certainement pas nouvelle, mais peu et mal exploitée. Offerte par lui, avec son intelligence, dans le contexte de sa vie à lui, elle prend un nouveau sens et c'est toute la force de ce document réalisé par Sturla Gunnarsson. Ça et l'absence de manipulation émotionnelle.
Le cinéaste a utilisé la conférence que prononce le scientifique dans ce qu'il considère comme sa dernière tournée. Une sorte de testament dans laquelle il livre le condensé de sa pensée. Sur cet axe, il greffe une biographie de David Suzuki en ses propres termes. Il ajoute donc à sa pensée un facteur humain, ce qui lui donne une très pertinente profondeur. Et c'est ainsi qu'on découvre un être pétri de principes qui prennent leur source non seulement dans son propre parcours de vie mais aussi dans la culture de ses ancêtres.
Pour lui, l'environnement est un tout dont l'homme fait partie. «Nous sommes l'environnement, répète-t-il dans sa conférence, avec la ferveur qui caractérise toute sa démarche. Chaque produit toxique que nous déversons dans l'air, chaque dégradation que nous lui faisons subir, c'est à nous que nous l'infligeons.»
La cohérence de sa vision l'amène forcément à remettre en question tout le système capitaliste qui encourage des pratiques absurdes au nom d'une cupidité vaine et dérisoire. Quelle valeur peuvent avoir les biens matériels produits en comparaison des seules choses qui comptent vraiment pour un être humain: l'amour, la famille, nos besoins biologiques de base? La seule façon qu'il a de parler de ses parents nous convainc totalement.
Une force de la nature: David Suzuki est un film important et, enfin, une brillante réponse à tous ces dangereux créateurs de richesses qui nous empoisonnent littéralement l'existence en cette triste période de glorification du capitalisme brutal, imbécile et suicidaire.
David Suzuki nous rappelle que la vraie richesse est là, dans ce qui existe avant que des promoteurs en fasse du profit, ce qu'ils appellent de la richesse. Et il le fait intelligemment, sans manipulation, sans racolage, avec rigueur et une profonde inspiration dont les leaders de notre système économique ne pourrons jamais que rêver.
Voilà un film qu'il faut voir ou alors, nous pourrions vraiment le regretter.
Les Nouveautés de l'ONF ne sont pas terminées. Le prochain rendez-vous est nouveau à la programmation. Il s'agit des P'tites vues qui seront présentées au Centre culturel Pauline-Julien, le 16 février prochain, à 19 h 30 et qui ne proposent que des courts métrages d'animation dont quelques-uns qu'on a pu voir lors de la présentation de longs métrages documentaires depuis deux semaines. Comme hier, alors qu'on a présenté le très charmant Version de l'ours, de Jonathan Wright, un petit bijou comme il y en a plusieurs, dont deux films en nomination aux prochains Oscars.