Le chef Jacques Lacombe a expliqué avoir juxtaposé la création de ces deux compositeurs parce qu'ils avaient tous deux développé le style dit «sérieux» et celui plus populaire. «Ce sont deux compositeurs qui m'intéressent depuis toujours. Ils ont créé de la musique de cabaret et de comédie musicale, mais ce sont des musiciens de formation plus classique qui ont aussi créé des oeuvres de concert», a justifié un Jacques Lacombe qui ne cache pas son amour du jazz.
Plusieurs des pièces au programme figurent d'ailleurs dans l'American Songbook, reconnues comme «standards» du jazz. Mack the Knife, de Weill, ou encore The Man I Love, Someone to Watch Over Me, S'Wonderful et Summertime, de Gershwin, comptent parmi ces classiques interprétés par des dizaines et des dizaines de chanteuses, de la grande Ella Fitzgerald dans les années 1950 à la Canadienne Diana Krall, plus récemment.
On reconnaît davantage Fabiola Toupin comme une excellente interprète de la chanson française et des chansonniers québécois. Très à l'aise dans ce répertoire de chanson à texte où la voix et le texte, justement, priment, la Trifluvienne semble toujours «vivre» les mots qu'elle chante. Ce qu'elle a su transposer à ce nouveau territoire pour elle samedi avec l'OSTR, c'est l'émotion, l'intensité et la théâtralité qui inspirent et colorent ses interprétations.
«Pour une chanteuse populaire, je me paye la traite», a lancé une Fabiola Toupin assez familière en début de soirée pour ajouter que les conventions et le protocole d'un concert symphonique lui permettaient, en serrant la main du premier violon, de «saluer tout mon band en même temps». C'est surtout dans les pièces au registre plus grave comme Summertime, par exemple, que la voix de Fabiola Toupin s'est le mieux mariée au répertoire offert.
Jacques Lacombe a eu la bonne idée d'accompagner la chanteuse au piano (sans l'orchestre) pour rendre le côté plus intimiste de Je ne t'aime pas et My Ship, de Kurt Weill.
Pour illustrer la portion plus «sérieuse» de l'oeuvre des deux compositeurs, maestro Lacombe a choisi, en première partie, de présenter la Symphonie no 1 Berlin de Weill, en prenant soin d'expliquer un peu le contexte de sa composition avant son exécution. Sans vouloir parler pour l'ensemble du public, j'apprécie quand le chef s'adresse au public pour le renseigner sur le contexte de composition d'une oeuvre. L'écoute et la réception en général s'en trouvent enrichies par la suite.
Le chef a précisé que l'interprétation de cette symphonie à Trois-Rivières constituait une première canadienne. Composée en 1921 par un Weill âgé de 21 ans, elle n'avait jamais été jouée au Canada avant samedi.
Pour démontrer le côté plus «classique» de Gershwin, Jacques Lacombe avait opté pour Un Américain à Paris pour orchestre. Ce poème symphonique met en lumière le grand talent de Gershwin pour créer des atmosphères et des images en variant les rythmes et les combinaisons d'instruments, et en intégrant subtilement des accents jazzés, témoignant de son habile maîtrise des différents genres.
Somme toute, un concert hors des sentiers battus, mais agréable pour l'ouverture à laquelle il invitait, et intéressant dans la juxtaposition des genres. Amateurs de musique plus classique, amants des standards du jazz et fans de Fabiola Toupin ont tous pu y trouver leur compte.