Un Oscar pour le charme

Les débroussailleurs de la forêt abitibienne, les Fros,... (Photo: ONF)

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Les débroussailleurs de la forêt abitibienne, les Fros, travaillent dur dans des conditions difficiles mais ne changeraient pas cette vie qui leur procure une liberté sans équivalent.

Photo: ONF

François Houde
Le Nouvelliste

Je ne sais pas ce que vous avez fait hier soir, mais moi, j'ai vu deux films dont un qui est en nomination pour un Oscar. C'est Dimanche, un court métrage d'animation de Patrick Doyon qu'on présentait en première partie des Nouveautés de l'ONF pour leur toute première séance de projection à Boréalis.

Je précise immédiatement que le prétexte pour justifier ce passage au musée sur le bord de la rivière, c'est le film principal, Les Fros, un long métrage documentaire sur les débroussailleurs dans la forêt boréale du nord de l'Abitibi.

Revenons d'abord au très joli court-métrage de Patrick Doyon. Un film charmant qui offre le cadeau d'un regard candide sur un dimanche en famille. Le regard d'un tout petit garçon. Difficile de croire qu'il s'agit d'une première oeuvre d'animation pour lui tant l'univers visuel de Patrick Doyon est inspiré et maîtrisé. Un vrai style, unique et séduisant. Il a réalisé là un très joli film, plein de charme. Donne-t-on des Oscars pour le charme?

Un autre univers pour les Fros, dont le charme est d'un tout autre ordre. L'idée de le présenter à Boréalis était excellente mais si on veut se faire une habitude d'y présenter des films, il faudra voir à corriger de petites choses.

Les conditions de visionnement étaient quelque peu déficientes: vue partiellement obstruée pour la plupart des spectateurs, et aussi, un petit pépin technique a fait en sorte que le film a été présenté légèrement en accéléré. On y a gagné sur le chronomètre mais pas sur la compréhension des témoignages des personnages, souvent immigrants, parlant avec un fort accent et fort vite. Il reste que ce sont des choses qui peuvent probablement se corriger facilement.

Fros, c'est le terme qui désigne des travailleurs de la forêt en Abitibi. Un vieux dérivé du terme anglais foreigners. D'ailleurs, encore aujourd'hui, ces emplois exténuants, dans les forêts du bout du monde québécois, ce sont souvent des immigrants qui les occupent. Beaucoup viennent des pays de l'Est ou, comme le Mamadou du film, d'Afrique.

Des gens souvent instruits, des ingénieurs, des avocats, parfois, qui n'arrivent pas à faire reconnaître leur diplôme au Québec. Ils se retrouvent à occuper ces emplois pénibles dont les Québécois de souche ne veulent pas. Ce n'est pas une question de rémunération, puisque la paie semble bonne, mais tout le monde n'a pas l'oreille formée pour entendre l'appel des lointaines épinettes.

La réalisatrice, Stéphanie Lanthier a, au départ, voulu faire son film avec une équipe de travailleurs installés non loin de Mont-Laurier incluant un Cubain qui maîtrisait cinq langues et un médecin africain alors qu'on manque cruellement de médecins à Mont-Laurier. Il y avait là une aberration qui méritait qu'on s'y attarde. Seulement, ceux-là n'ont pas accepté d'être filmés.

Pour cette réalisatrice, son film en est un sur l'identité, la nôtre, profonde. «Qu'est-ce qui nous identifie mieux que la forêt? Quand on voit ces immigrants travaillant dans nos forêts, ça nous fait réfléchir sur qui on est», dit-elle. Elle n'a probablement pas tort. L'autre facette, c'est la mémoire. Elle estime qu'il est important de témoigner de ces réalités qui sont les fibres du tissu qu'est notre histoire.

«Il faut documenter la mémoire», dit-elle. Comme les Pierre Perreault l'ont fait dans le passé et, ma foi, un peu de la même façon que ce grand maître.

La prochaine séance des Nouveautés de l'ONF aura lieu le lundi 30 janvier, 19 h 30, à la Maison de la culture avec À la guerre comme à la guerre qui traite de la vie des soldats sur les terrains de combat en compagnie du réalisateur Lode Desmet.

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