L'artiste, qui ne travaillait déjà plus à temps plein là-dessus à cause des coupes de subventions de la part du gouvernement Harper, estime qu'il est temps pour lui de passer à autre chose.
Son argument premier est d'abord idéologique: «Tant que j'assume les coupes de subventions en continuant d'assurer la réalisation des projets, je cautionne ces décisions du gouvernement avec lesquelles je suis en total désaccord. Quand ils retirent les subventions mais qu'on arrive quand même à réaliser les projets en coupant davantage dans mon salaire, on ne fait que leur prouver qu'ils ont raison de couper parce qu'on peut quand même y arriver. Je veux qu'ils assument leurs décisions. Ils se foutent des 90 % de nos participants qui raccrochent grâce à nous et ils préfèrent les envoyer en prison? Qu'ils le fassent et qu'ils en portent l'odieux!»
L'an dernier, Beaulieu avait continué de travailler sur les projets grâce, notamment, à une aide financière venue d'un bienfaiteur anonyme en provenance du secteur privé. Ces derniers mois, il travaillait de façon de plus en plus sporadique avec les jeunes, oeuvrant de façon bénévole la plupart du temps, mais il était conscient qu'il ne pourrait maintenir ce rythme indéfiniment.
«Il faut que je vive, moi aussi. J'ai 50 ans, j'ai tout juste l'argent pour survivre, alors, il faut que je regarde en avant un peu. Que m'arriverait-il si je tombais malade? Je ne suis même pas éligible à l'assurance-emploi. J'ai des projets personnels qui sont intéressants pour moi comme artiste et qui peuvent me rapporter de bons revenus: c'est à ça que je vais me consacrer.»
Il ne ferme pas définitivement la porte à une reprise éventuelle de sa collaboration mais ne croit pas que les gouvernements feront volte-face. «On a besoin des subventions et le gouvernement Harper ne changera sûrement pas ses politiques. Dans le passé, les libéraux ont toujours subventionné les projets avec les jeunes de la rue; se pourrait-il que dans le futur, un autre gouvernement décide, lui, de reverser des subventions? Peut-être, et je ne dis pas que je ne reprendrais pas le collier à ce moment-là. On verra.»
L'artiste est profondément peiné d'en arriver là après plus de dix années consacrées à ces projets qu'il a lui-même initiés. Ce qui l'attriste le plus, c'est de penser que les projets puissent disparaître complètement et que des jeunes de la rue ne puissent pas profiter de cet outil exceptionnel pour se reprendre en mains. «Je souhaite qu'ils puissent continuer, dit-il, je leur souhaite de trouver quelqu'un qui est prêt à faire ce que je faisais avec les budgets disponibles ou alors que les jeunes soient assez autonomes pour poursuivre par eux-même. Mais honnêtement, j'ai de gros doutes.»
Jean Beaulieu a fait part de sa décision aux responsables des projets concernés, à Trois-Rivières, par l'intermédiaire de l'organisme Point de rue, et à Montréal, et il assure n'être nullement en conflit avec eux. «Ça me fait de la peine, mais si je n'arrête pas maintenant, je vais arrêter où?»
Il a plusieurs projets personnels en tête dont un qui est déjà en marche et qui fonctionne bien: il élabore des livres offrant des dessins de vitraux que des amateurs peuvent fabriquer. Ces livres sont déjà distribués à travers le monde grâce à une maison de distribution spécialisée. Beaulieu espère en arriver à en réaliser une douzaine par année, sur divers thèmes. Il veut aussi reprendre son travail de peintre et faire des dessins pour de la marqueterie d'art.