Une seule ville en l'an 2000

Ah, la fusion! Pendant ses vingt ans à la mairie, voilà un thème qui va revenir... (les années Beaudoin)

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Le Nouvelliste

Ah, la fusion! Pendant ses vingt ans à la mairie, voilà un thème qui va revenir très souvent dans les discours de Gilles Beaudoin. Il n'a pas le choix: Trois-Rivières gagne de plus en plus de responsabilités, donc de dépenses, mais perd de plus en plus de contribuables, donc de revenus. Ainsi, en 1951, Trois-Rivières comptait pour 65 % de son agglomération, un pourcentage qui va tomber à 45 % en 1981. Imaginez une locomotive de plus en plus petite pour tirer un train de plus en plus lourd.

Le phénomène n'est pas unique: presque toutes les villes canadiennes sont affectées. En 1981, Montréal compte pour 35 % de son agglomération, Québec pour 29 % et Toronto, quel désastre, pour moins de 20 %! Dans tous les cas, les gouvernements provinciaux pourraient agir pour forcer la création de villes nouvelles, mais ils ne le font pas. Le risque électoral est trop grand: il y a désormais plus d'électeurs dans les banlieues que dans les villes-centres...

Alors les gouvernements vont multiplier les études et proposer des demi-solutions pour retarder les fusions. On expérimente les municipalités régionales, les régies intermunicipales et les communautés urbaines, autant de structures supramunicipales qui viennent chapeauter des structures municipales déjà trop nombreuses.

Gilles Beaudoin veut faire bouger les choses et le 22 janvier 1986, devant ses amis de la Chambre de commerce, il prononcera un discours-choc: «J'ai fait un rêve et j'ai vu devant moi l'an 2000. J'ai vu des hommes de bonne volonté faire sauter les frontières et j'ai vu une ville de plus de 125 000 habitants.» Moitié blagueur, l'orateur ajoute qu'en l'an 2000, il sera trop vieux pour en prendre les commandes, mais que cette ville unique pourrait bien avoir un maire qui vient de Trois-Rivières-Ouest ou de Cap-de-la-Madeleine.

Quand se réaliseront les grandes fusions municipales, en 2001, ce discours de Gilles Beaudoin sera considéré comme prophétique. Mais en janvier 1986, il est plutôt mal reçu. C'est parce que le mot «fusion» choque les uns et dérange les autres. Il choque les champions de la banlieue qui se dépêchent de monter aux barricades. Il dérange les bons apôtres de la concertation régionale, actifs dans les médias et les milieux d'affaires. En privé, ces gens-là vous diront que, oui, il faut faire sauter les barrières pour regrouper les énergies et les ressources. Mais ils considèrent qu'il ne faut surtout pas brusquer les choses. Attendons un autre siècle.

Bref, au sortir de cet exercice d'art oratoire, Gilles Beaudoin rentre dans son hôtel de ville pour méditer cette citation du grand Machiavel qui était en son temps fonctionnaire municipal: «Il n'y a pas de chose plus difficile à entreprendre et plus incertaine à réussir, ni plus périlleuse à conduire, que de prendre l'initiative pour introduire de nouvelles institutions. Car celui qui les introduit a pour ennemis tous ceux qui profitent des anciennes institutions et il trouve de tièdes défenseurs en ceux à qui profiteraient de nouvelles.»

Le père Machiavel a écrit ça en 1513, mais ce sera toujours d'actualité.

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