Entre centre-ville et centre commercial

Gilles Beaudoin est un homme de centre-ville. Ses racines sont là. Ses amis... (les années Beaudoin)

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les années Beaudoin

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Le Nouvelliste

Gilles Beaudoin est un homme de centre-ville. Ses racines sont là. Ses amis sont là. Son hôtel de ville est là. Mais faut bien vivre avec son siècle et faire place aux tout nouveaux centres commerciaux qui poussent à la périphérie des villes.

Le 12 octobre 1971, jour de son anniversaire de naissance, le maire préside à la préouverture du centre commercial Les Rivières. Le Nouvelliste annonce: «Plus d'un millier de personnes ont célébré dans l'enthousiasme et la bonne humeur l'implantation de la plus vaste galerie marchande dans la région».

Mais ce millier de personnes n'est qu'une première vague. Le lendemain, c'est l'ouverture au public, qui se presse à la porte «bien avant neuf heures du matin»... Pour couvrir cet événement historique, Le Nouvelliste dépêche un vétéran journaliste dont la prose vibrante prend des accents poétiques: «La réaction générale de la clientèle en fut une d'émerveillement et d'admiration, un double sentiment qui connut son paroxysme dans les quelques heures qui suivirent l'ouverture».

Les sentiments d'émerveillement et d'admiration ne sont toutefois pas partagés par les marchands du centre-ville. La semaine suivante, les voici en délégation à l'hôtel de ville, pour faire la promotion d'un projet de mail sur la rue des Forges, assorti d'un fonds spécial pour le stationnement. Les requérants ont un avantage évident: ils ont des racines ici, et depuis longtemps, contrairement aux nouveaux-venus du centre Les Rivières.

Le maire Beaudoin se fait rassurant: «Le centre-ville va subir une réaction difficile pendant quatre ou cinq mois. Par la suite, tout va redevenir normal»... Vraiment?

La vérité, c'est que plus rien ne sera jamais pareil, au centre-ville... Mais le maire est déjà en mode action. Il annonce pour 1972 un «semi-mail piétonnier» sur la rue des Forges, de même qu'une série d'interventions pour faciliter la circulation et la construction de nouveaux édifices.

Remarquez, la «modernisation» du centre-ville est commencée depuis une douzaine d'années, mais pas toujours pour le mieux. Au fil des ans, les autorités municipales ont autorisé des démolitions discutables et des rénovations douteuses, de même que la construction d'édifices incompatibles avec leur environnement: voyez ces grosses boîtes de béton et d'aluminium... Dans les premières années de l'administration Beaudoin, la Ville va continuer d'aller dans ce sens-là, alors qu'une opposition grandit chez les amis du patrimoine.

Dieu merci, le maire et son entourage vont développer lentement une certaine conscience de ce que doit être un centre-ville en harmonie. On va d'abord restaurer et recycler des bâtiments anciens: Niverville abritera la Chambre de commerce, Tonnancour la Galerie d'art du Parc et Hertel de Lafrenière «la Maison des vins».

La Ville va ensuite se donner des pouvoirs d'intervention dans le périmètre du centre ville, pour s'assurer que le développement sera harmonieux, que les fonctions soient complémentaires et que l'intégration des nouveaux bâtiments se fasse dans le respect du cadre bâti. Cette philosophie va triompher au milieu des années 80, avec l'adoption d'un plan particulier d'urbanisme et l'application du programme Revi-Centre.

Gilles Beaudoin a compris que le passé est plein d'avenir.

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